Visite de l'Oratoire du Louvre

1) intérieur actuel  -  2) extérieur actuel  -   3) au XVI-XVIIe  -  4) au XVIIIe  -  5) au XIX-XXe  -  6) histoire


plan de l'Oratoire du Louvre

 

 

 

détail d'une gravure du XVIIe
Détail d'une gravure du XVIIe

3) Genèse de l'Oratoire du Louvre XVIe - XVIIe

Introduction

Le XVIe siècle en France est très troublé sur le plan religieux et sur le plan civil.

Avec Henri IV et l’édit de Nantes, le climat devient meilleur. Les réformes protestantes et la réforme catholique du concile de Trente permettent des avancées significatives dont les fidèles reçoivent des bénéfices significatifs sur le plan de la foi et des idées.

L’Oratoire de Pierre de Bérulle

Tout, pour l’Oratoire, commence à Rome vers 1533, avec l’arrivée de Philippe Néri, jeune florentin né en 1515. Ordonné prêtre en 1551, il s’installe à San Girolamo, où il prêche dans les combles de l’église, l’«Oratorio ». Ce nom d’Oratoire désigne à l’origine tout simplement « un lieu de prière », mais Philippe de Néri désigne de ce nom des « exercices spirituels » qu’il propose à des prêtres et des laïcs dans une recherche commune d’une vie spirituelle plus profonde centrée sur la personne de Jésus. L’Oratorio est constitué de prière, de prédication, de lecture et de méditation de la Bible et de la vie des saints.

Le nom d’Oratoire désigne bientôt la congrégation qui va se constituer autour de Philippe de Néri, grâce à son rayonnement à la fois joyeux et spirituel, cette congrégation devient une institution légale en 1575 grâce à une bulle de Grégoire XIII, qui attribue l’église de la Valicella, où prêche désormais Philippe.

En France, Pierre de Bérulle, né en 1575, ordonné prêtre en 1599, est confronté à un clergé avide de bénéfices, qui a perdu son âme. Désireux de restaurer le sacerdoce en le sanctifiant, Pierre de Bérulle va s’inspirer de l’Oratoire de Philippe de Néri pour fonder l’Oratoire en France. Le 11 novembre 1611, avec cinq autres prêtres, « une société de prêtres, sans obligation de vœux, où l’on tendra de toutes ses forces à la perfection sacerdotale, pour en exercer toutes les fonctions et pour former à la piété ceux qui y aspirent ». C’est la naissance de « l’Oratoire de Jésus ». Nouveauté pour l’époque, cette congrégation est « séculière », sans les vœux que prennent les moines et moniales. La même année, elle est reconnue par lettres patentes du Roi (Louis XIII), et le 10 mai 1613 par une lettre d’approbation du pape Paul V.

À la mort de Bérulle en 1629, les oratoriens sont environ quatre cents prêtres répartis en une soixantaine de maisons. Leur église de la rue Saint-Honoré à Paris, achevée seulement en 1750, est devenue la paroisse de la Cour.

Plutôt que de se définir par une activité ou un ministère spécifiques, l’Oratoire se caractérise par un « esprit ». Cet esprit, difficile à caractériser, s’exprime néanmoins à travers un certain nombre de traits communs: une relation privilégiée à Jésus Christ; une volonté de conjuguer vie spirituelle et intérêt pour la vie intellectuelle et la culture; le sens de l’infinie complexité et de l’individualité de chaque être humain; un effort d’intelligence du monde dans lequel nous vivons, avec une attention particulière portée à l’évolution des mentalités; et une attitude de sympathie et de solidarité avec un monde en proie aux doutes et aux questionnements concernant le sens de l’existence.

Contrairement aux violences contre les protestants du XVIe siècle (et celles des siècles précédents contre Pierre Valdo, Jean Hus...), la contre réforme de personnes comme le cardinal de Bérulle est certes une contre-réforme mais faite d’une façon positive : en se réformant soi-même, d’abord, mais aussi en dialoguant avec des théologiens protestants au cours de controverses mémorables.

La construction de l’Oratoire du Louvre

La congrégation de l’Oratoire de Jésus, fondée par le futur cardinal de Bérulle avait des buts qui s’inscrivent dans le grand plan de la Réforme Catholique établi au Concile de Trente, de restauration de l’église catholique, mais aussi de « sauver l’Église des coups que lui avaient porté la violence, l’orgueil, l’égoïsme sensuel des prétendus réformateurs ».

Les conditions sont favorables pour le Père Pierre de Bérulle, il est cousin du chancelier Séguier, il bénéficie de la protection de Marie de Médicis, les Jésuites ayant été chassés du royaume par Henri IV laissent un grand vide (à la suite d’un attentat le 28 décembre 1594 où Henri IV fut frappé d’un coup de couteau par un élève des Jésuites).

En janvier 1616, les Oratoriens achètent un bel hôtel particulier fort bien placé, à côté du palais du Louvre, situé entre la rue du Coq (aujourd’hui rue de Marengo) et la rue du Louvre (rue de l’Oratoire), l’hôtel du Coq construit en 1378 et devenu en 1582 l’Hôtel du Bouchage. Cet hôtel est partiellement démoli pour permettre la construction d’une chapelle des oratoriens où la messe fut célébrée dès le début du mois de mai 1616.

Cette chapelle s’avérant trop petite, le Cardinal de Bérulle voulut bâtir «une église en forme et qui eut plus de rapport avec la grandeur et la majesté divines». À cet effet, la congrégation acquit les terrains voisins et entreprit en 1621 la construction d’un nouveau sanctuaire sur les plans de l’architecte Jacques Lemercier (architecte de l’église de la Sorbonne et de Saint-Roch).

À la demande de Louis XIII, l’église devient chapelle royale (Brevet du 23 décembre 1623), et fait des pères de l’Oratoire les chapelains du Louvre.

L’ architecte Clément Métezeau - constructeur de la grande digue de La Rochelle - prit la suite de la direction de la construction, Jacques Lemercier ayant été évincé. L’intérieur est divisé en deux parties, le choeur des oratoriens (rotonde de forme elliptique dessinée par Lemercier) et une nef bordée de chapelles latérales. La décoration intérieure fut l’œuvre des meilleurs artistes de l’époque.

L’architecture est adaptée aux visées des Oratoriens qui forment une élite de prêtre afin de répondre aux théologiens protestants.

  • La nef unique et la bonne acoustique permettent de vraiment écouter la prédication, essentielle pour les oratoriens, comme d’ailleurs pour les protestants de tous les siècles. De grands prédicateurs tels Massillon, Bourdaloue ou Bossuet sont montés en chaire pour leurs Oraisons.
  • La décoration est sobre, dans l’ensemble, à part le grand autel qui constitue le point de mire d’une église catholique, la voûte en berceau creusée de lunettes dont les arcs doubleaux sont ornés de caissons à rosaces cartouches et écussons à têtes d’anges, la devise des oratoriens "Jésus Maria" et des croix de consécration ornaient la nef. Par contre, les chapelles vendues à de grandes familles proches des Oratoriens étaient richement décorées d’un tombeau et d’un cycle iconographique confié à de grands artistes comme Simon Vouet, Charles Le Brun, Philippe de Champaigne.

Cette architecture baroque française est bien loin de la richesse des églises jésuites.

Les travaux s’interrompent en 1625, par manque d’argent, et à cause de difficultés pour acquérir les derniers terrains prévus. La mort de Bérulle, en 1629, en empêche la continuation, les travaux ne furent repris qu’en juillet 1740, où le volume prévu à l’origine ainsi que le portail rue Saint Honoré purent être réalisés.

Durant tout le XVIIe siècle, l’Oratoire du Louvre est rendu célèbre par les Oraisons et les prédications prononcées par Massillon, Bourdaloue et Bossuet, en particulier, les Oraisons funèbres du Cardinal de Richelieu, de Louis XIII, des reines Anne d’Autriche et Marie-Thérèse.

Pour en savoir plus :

Cette page concerne la genèse de l’Oratoire du Louvre au XVIe et XVIIe siècle.
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