Visite de l'Oratoire du Louvre

1) intérieur actuel  -  2) extérieur actuel  -   3) au XVI-XVIIe  -  4) au XVIIIe  -  5) au XIX-XXe  -  6) histoire


plan de l'Oratoire du Louvre

Saccages révolutionnaires

Tambour d'entrée

Stalles

Les chaires

Légion d'honneur

Création de tribunes

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La création des écoles du dimanche à l'Oratoire en 1822
La création des écoles du dimanche à l'Oratoire en 1822

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Les protestants, de Saint-Louis du Louvre à l’Oratoire

1791-1811 : Les réformés à Saint-Louis du Louvre

Le dimanche de Pâques, 22 mai 1791, le pasteur Marron préside la « première assemblée publique du culte protestant »  dans l’église Saint-Louis du Louvre (plans Thomas Germain 1744), édifice alors vacant, "presque tout meublé", que l’Eglise protestante loue à la Municipalité, avec l’autorisation de la Législative.

Le temple est orné de la Déclaration des droits de l’Homme et du Notre Père. La chaire provient de l’église des Capucins de la rue St-Honoré et un orgue est placé sur la tribune de musiciens.

Par un courrier du 28 ventose an VII (mars 1799), le secrétaire général de la préfecture, M. Frochot met à la disposition du consistoire une partie de la "maison collégiale de St-Louis du Louvre" attenante à l’église rue St-Thomas, donnant également 44 rue des Orties, alors en cours de démolition. Certains bâtiments comportent 4 étages. Une pièce est utilisée comme sacristie. Y habitent sans doute, le concierge, le chantre et l’organiste. Marron habite rue St-Roch. Un "cimetière des protestants situé derrière l’église St-Louis" est mentionné dans une missive  de 1793.

Par arrêté consulaire du 2 décembre 1802, l’église Saint-Louis du Louvre est affectée au consistoire protestant.

1811 Napoléon affecte l’Oratoire aux protestants

En 1811, l’empereur Napoléon a le projet d’agrandir le Louvre pour le réunir aux Tuileries. Les bâtiments se situant à l’intérieur du périmètre sont voués à la démolition, dont Saint-Louis du Louvre (Les travaux de démolition traîneront pendant quelques années). Les protestants n’ont plus de lieu de réunion. Un courrier du Conseil d’Etat conservé à la SHPF propose de leur affecter l’église des Théatins arguant que l’église de l’Oratoire pourrait être affecté à la paroisse de St-Germain l’Auxerrois. {Aucune mention retrouvée dans les archives SHPF disant qu’on leur aurait fait choisir entre la Madeleine et l’Oratoire...}

Le préfet de Paris, à l’époque, « le bon M. Frochot », favorable aux protestants, présenta habilement la situation à l’empereur suscitant «de se faire demander s’il n’y avait pas de local disponible », et obtint la permission de les établir à l’Oratoire . On dégage les décors de théâtre de l’Opéra, du Vaudeville et avec plus de lenteur du Théâtre-Français qui y étaient entreposés (il fallut l’intervention très autoritaire du délégué du Consistoire, M. Châtillon que l’on prend pour un commissaire impérial, pour qu’ils s’exécutent, ce qui fut fait entre le 17 février et avril 1811).

Aménagements protestants

Nous n’ignorons pas que les Réformés se sont installés à l’Oratoire du Louvre sur un lieu créé deux siècles plus tôt pour préparer les prêtres à combattre le protestantisme, la congrégation de l’Oratoire. N’a-t’on pas dit aux Réformés qu’ils auraient dû changer le nom de l’édifice pour prendre leur revanche sur leurs adversaires ? A vrai dire, installés dans les lieux qui furent dédiés à « l’enfance, la vie et la mort de Jésus »  par le Père de Bérulle, les protestants n’ont rien à redire à une dénomination qui leur convient parfaitement, puisque le même mot latin conjugue l’art oratoire ( le De oratore de Cicéron), la prière (l’oraison) et la musique religieuse (l’ « oratorio »).

Auguste Decoppet, pasteur à l’Oratoire entre 1878 et 1906, disait : «Notre église porte le plus beau nom qui puisse être donné à une église, celui de l’oratoire, qui signifie maison de prière, maison où l’âme et Dieu se rencontrent».

Arrivant à l’Oratoire du Louvre, le consistoire dut aménager l’édifice  : carrelage, calorifère, mise en état des stalles et, en provenance de Saint-Louis, de l’orgue placés d’abord dans le chœur, du portail et du tambour... Les anciens bâtiments conventuels avaient été occupés en 1797 par le Bureau des Hypothèques, la Caisse d’Amortissement ne quitta les lieux qu’au moment de la démolition définitive du cloître, lors du percement de la rue de Rivoli en 1854.

M. Mallet avança 8000 fr. pour les travaux de déménagement et d’installation, dont il ne fut remboursé qu’en 1813, quand la Ville finit par fournir les fonds promis.

Le 1er culte est célébré à l’Oratoire en avril 1811, le jour de Pâques.

Pour en savoir plus :

Cette page concerne l’Oratoire du Louvre sous la Révolution et au XIXe siècle.
Ces autres pages vous permettront de :

 

 

Saccages révolutionnaires Saccages révolutionnaires Saccages révolutionnaires Saccages révolutionnaires Saccages révolutionnaires Saccages révolutionnaires Saccages révolutionnaires Saccages révolutionnaires

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Saccages révolutionnaires

La beauté de l’Oratoire et son dépouillement intérieur conviennent très bien aux protestants, mais ce ne sont pas eux qui sont les auteurs de cette état de cet état de fait actuel, ils l’ont seulement conservé. Ce sont des révolutionnaires qui ont dépouillé l’Oratoire des magnifiques décors du XVIIe et XVIIIe siècles mis en place par des familles qui s’honoraient et honoraient l’Oratoire d’œuvres d’art réalisées par les plus grands maîtres de leur époque.

Le 14 décembre 1792, la congrégation de l’Oratoire est abolie par la Convention. L’autel est d’abord démonté, dès le début de l’année suivante, les chapelles pillées, les tombeaux furent mis en pièces, les œuvres d’art récupérables furent emmenées pour être vendues, c’est ainsi que vingt-neuf tableaux furent envoyés au dépôt des Petits-Augustins (aujourd’hui l’école des Beaux-Arts rue des Saints-Pères).

Les quatre fleurs de lys de la voûte du transept grattées, celles des vitraux furent déposées, il ne reste aujourd’hui que les fleurs de lys au sommet des tourelles extérieures pour témoigner du statut de chapelle royale qui fut conféré à l’Oratoire par Louis XIII...

La façade fut complètement mutilée, ce qui reste très sensible aujourd’hui. Elle perdit alors toute sa délicate parure sculptée, comme Saint-Roch un peu plus loin dans la même rue : anges, chérubins, cœur enflammé, profils du Christ et de la Vierge, bas-reliefs, arme de France et croix sommitale disparurent. La croix de la lanterne fut également abattue. A la fin de la période terroriste, l’édifice présentait un état propre à tous les édifices religieux français, si bien décrit par Chateaubriand dans le Génie du Christianisme.

Pour se faire une idée de la richesse de ces décors, il est possible d’admirer encore de nos jours le beau décor peint et sculpté à la voûte de la première chapelle du transept gauche, décor mis au jour lors de travaux de nettoyage en 1906. Il s’agit de la chapelle de la famille de Harlay. Cette découverte d’un reste de décor ancien fut d’ailleurs d’autant mieux accueilli qu’il représente la conversion de Saint Paul, un écrivain biblique bien aimé des protestants. La croix sommitale et la croix du clocheton furent restaurées au milieu du XIXe. La riche sculpture de l’imposte de la grande porte a été retrouvée lors de la restauration de la façade en 2011.

 

 

Tambour d'entrée de St Louis Tambour d'entrée de St Louis Tambour d'entrée de St Louis Tambour d'entrée de St Louis Tambour d'entrée de St Louis

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Tambour d’entrée venant de Saint Louis

En 1811, lorsque l’Oratoire est attribué aux réformés, l’église avait été vidée de son mobilier et de son décor, ayant été utilisée pour des réunions et comme entrepôt de décors de théâtre; elle est assez rapidement débarrassée grâce à l’autorité d’un conseiller presbytéral, M. Chatillon, que les responsables du Théâtre Français prennent pour un commissaire impérial.

En quittant l’église Saint-Louis-du-Louvre qui devait être démolie, plusieurs éléments vont être récupérés pour aménager l’Oratoire.

Les protestants récupèrent en particulier la magnifique porte surmontée de la tribune de choeur de Saint-Louis-du-Louvre et l’orgue placé dessus par les protestants en 1807. Elle est d’abord placée en 1811 au fond du choeur actuel, devant l’arcade ouvrant sur la rotonde (devenue salle du consistoire). Dès septembre 1813 cette boiserie est déplacée contre la porte d’entrée principale sur la rue Saint-Honoré, où elle s’insère sous la tribune en pierre sur laquelle sera placé l’orgue.

L’objectif était d’étouffer les bruits de la rue et faciliter ainsi l’écoute lors du culte. Les rues étaient en effet bien plus bruyantes au XIXe que maintenant, les roues cerclées de fer faisant un bruit terrible sur les pavés de Paris, sans compter les cris des marchands ambulants… et la rue Saint-Honoré était très passante.

Les initiales S. L. se trouvent encore sur les ferronneries, rappelant que cette boiserie était à l’origine à Saint-Louis-du-Louvre.

 

 

Stalles venant de St Louis Stalles venant de St Louis Stalles venant de St Louis Stalles venant de St Louis Stalles venant de St Louis

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Stalles venant de Saint Louis du Louvre

Les stalles sont les rangées de fauteuils en bois, liés les uns aux autres destinés aux religieux, moines ou chanoines catholiques, pour chanter ou psalmodier l’office. Afin de soulager un peu les longues parties de cet office devant être chantées debout, les stalles ont une astuce permettant d’être un peu assis tout en ayant l’air debout : l’assise de chaque fauteuil peut se relever, un petit appui apparaît alors qui s’appelle une miséricorde, et qui permet de se tenir debout avec moins de fatigue.

En quittant l’église Saint-Louis-du-Louvre qui devait être démolie, des stalles vont être récupérées, avec leurs boiseries et installés dans l’arrondi du chœur de l’Oratoire.

 

 

Les chaires

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

La chaire du pasteur et la chaire du chantre

La chaire est utilisée par le prédicateur au cours du culte. La disposition de la chaire au centre de l’assemblée et sa hauteur ont un intérêt pratique mais aussi symbolique. Du point de vue pratique, la disposition en hauteur permet aux fidèles de bien entendre et voir le prédicateur. Avant l’installation d’une sonorisation la place de la chaire et l’abat-voix qui le couronne étaient particulièrement indispensables.

L’aménagement intérieur protestant donne une importance centrale à la chaire par l’orientation des bancs, des chaises et des stalles qui sont disposées partout dans l’Oratoire y compris dans le chœur et tournées vers la chaire, par la disparition de l’autel (déjà démoli précédemment sous la Terreur). Cette importance donnée à la chaire est en lien direct avec l’importance centrale donnée à l’interprétation de la Bible dans le protestantisme, et donc à la prédication lors du culte. Cette importance a été reprise en partie par la réforme catholique du cardinal de Bérulle. Cette disposition en cercle ou en carré autour de la chaire reprend celle des grands temples protestants d’avant leur destruction par Louis XIII et Louis XIV à l’édit de Nantes :

Une assemblée au Temple de Charenton avant sa destruction en 1685
Une assemblée au Temple de Charenton avant sa destruction en 1685

La chaire actuelle est vraisemblablement la chaire des oratoriens qui est restée en la place qu’elle avait prise au XVIIIe siècle. Elle était à l’origine ornée de panneaux sculptés représentant des personnages bibliques qui ont été saccagés sous la Terreur. Une habile restauration l’a rendue opérationnelle.

En plus de la chaire du pasteur, les protestants de cette époque utilisait également une chaire pour le prédicateur-chantre qui assurait une partie du culte avant la prédication donnée par le pasteur. Cette deuxième chaire, plus simple et moins haute est visible sur les gravures du XIXe.

En 1889, par mesure d’économie, on supprime le poste de lecteur-chantre lorsqu’il demande son congé. Lors de la séance du conseil presbytéral du 22 octobre 1889, "M. le pasteur Decoppet demande le déplacement immédiat de la chaire du lecteur et son remplacement par une table de communion". La chaire du lecteur-chantre servait également pour l’Ecole du dimanche (catéchisme des enfants) ou des réunions laïques.

La chaire de l’Oratoire au XVIIIe
La chaire de l’Oratoire au XVIIIe, à gauche et sur le 4e pilier,
vue perspective de l’Oratoire
Les chaires de l’Oratoire au XIXe
La chaire du prédicateur et en dessous,
la chaire du lecteur-chantre,
gravure du XIXe (commémoration de la révocation de l’édit de Nantes en 1865)

 

 

Légion d'honneur Légion d'honneur

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Vitraux et Légion d’honneur

En 1814, des travaux sur les vitraux ont été réalisés par le maître vitrier Flecheux. En effet, L’Oratoire étant la chapelle royale du Louvre, les vitraux d’origine étaient ornés de fleurs de lys en leur centre, cette partie des vitraux a été déposée sous la Terreur en 1791-1792 et mis en dépôt aux petits-Augustins.

A cette occasion, le vitrail de la façade a été orné de la croix de la Légion d’honneur, en mémoire de cette distinction conférée en 1811, par Napoléon 1er, aux pasteurs Marron, Rabaut-pommier et Mestrezat, premiers pasteurs de l’Oratoire :

  • Paul-Henry Marron, qui a assuré le culte protestant avant même la liberté de culte en France dans le seul lieu possible alors: dans une ambassade étrangère, puis dans diverses salles quand cela fut permis, à Saint Louis du Louvre puis à l’Oratoire. Marron était un poète apprécié par Napoléon. Il mourut en 1832 emporté par le choléra et fut enterré au cimetière du Père Lachaise.
  • Rabaut-Pommier (ancien pasteur du Désert devenu conventionnel), il était le frère de Rabaut-Saint-Etienne.
  • et Mestrezat (descendant suisse d’un illustre pasteur du temple de Charenton).

 

 

Création de tribunes

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Création de tribunes dans les chapelles

Temple Paradis à Lyon au XVIe siècle
Temple Paradis à Lyon au XVIe siècle

Les chapelles latérales de l’Oratoire avaient été concédées à de riches personnages pour leur tombeau de famille. Certains pensaient en effet que plus une personne était enterrée près d’un autel ou d’une relique, plus le salut était prompt et assuré. Cette façon de voir n’est pas du tout dans la théologie protestante qui affirme que tous sont également aimés de Dieu. Par conséquent, ces chapelles furent aménagées pour recevoir du public, comme tous les autres espaces de l’Oratoire, la nef et le chœur compris.

La présence de tribunes est très classique dans les grands temples protestants d’avant leur destruction par Louis XIII et Louis XIV à l’édit de Nantes.

Ces nouvelles tribunes créées dans les chapelles de l’Oratoire (tribunes basses) s’ajoutent aux tribunes qui existaient déjà auparavant (les tribunes hautes).

Ces chapelles étaient ornées de somptueux décors faits de sculptures et de peintures exécutées par les plus grands maîtres de l’époque. De ces décors, le saccages faits sous la Révolution n’ont laissé qu’un vestige dans la chapelle qui est à gauche de la chaire.

 

 

Bancs des conseillers Bancs des conseillers

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Banc des conseillers

Une église réformée est gouvernée par des délégués élus par les paroissiens ("le consistoire", appelé maintenant "Conseil Presbytéral"). Dans les temples protestants, comme celui du Paradis à Lyon au XVIe siècle, des bancs bien spécifiques sont disposés pour recevoir ces Conseillers Presbytéraux, comme l’évêque catholique s’assied dans un fauteuil particulier dans une cathédrale catholique.

Dès 1811, le banc du Consistoire est ainsi construit face à la chaire, il est composé de deux rangées de bancs délimités par des panneaux ouverts par des portillons.

Quand Napoléon 1er reconnaît les églises réformées et luthériennes en France et définit leur cadre législatif, il reprend en partie cette disposition de l’église réformée mais il impose que le Consistoire soit composé des pasteurs desservant cette église et d’un groupe de six à douze laïcs «choisis parmi les citoyens les plus imposés au rôle des contributions directes». Cela constitue un changement notable puisque jamais jusqu’alors des conditions de fortune n’avaient été édictées pour les membres des Consistoires, et cela n’aura plus cour ensuite (fort heureusement). Les « Anciens » sont élus pour quatre ans et renouvelables par moitié tous les deux ans. Les protestants de Paris nommeront ainsi des conseillers du consistoire qui feront partie de la grande bourgeoisie : un conseiller d’État, un sénateur, deux membres du Tribunat, un membre du Corps Législatif et deux banquiers...

Ces conseillers presbytéraux seront rejoints dans le banc par les diacres à la création du conseil de l’entraide.

Pour en savoir plus :

 

 

Salle du consistoire Salle du consistoire Salle du consistoire Salle du consistoire

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Salle du consistoire
et Salle Haute

La rotonde elliptique créée par Lemercier au chevet de l’Oratoire servait de chœur à l’Oratoire, l’autel apparaissant depuis l’église baigné de la lumière tombant du haut des grandes fenêtres. Au XVIIIe siècle, le maître autel a été déplacé dans le chœur et cette rotonde fut transformée en y aménageant des stalles pour réunir les oratoriens. A la révolution, la congrégation de l’Oratoire a été dissoute, l’église a été saccagée et profanée, servant à des usages divers comme entrepôt pour décors, et lieu de réunions diverses. Une section révolutionnaire parisienne y était abritée, comportant un comité civil, un comité révolutionnaire et une force armée contrôlant le district des environs de l’Oratoire. Il est probable qu’une première séparation a été créée entre le chevet et l’église proprement dite à cette époque pour que ces fonctions puissent cohabiter dans l’église et la maison de l’Oratoire.

Cette rotonde est devenue la "salle du consistoire" en 1811, le consistoire étant la commission mise en place par Napoléon 1er dans chaque église réformée locale pour la gouverner. Mais au moins au début, les autres réunions ont continué à se réunir à l’Oratoire quelques temps : la Société des Sciences et des Arts, dite "l’Athénée", par la voix du sénateur Boissy d’Anglas, la Société de Médecine, par la voix du docteur Guillotin, obtinrent de continuer leurs assemblées "dans l’amphithéâtre derrière l’église", la salle du Consistoire.

Les locaux sont rapidement devenus trop petits, pour plusieurs raisons.

1) D’abord parce qu’après la défaite de Napoléon 1er, de nombreux anglo-saxons vont venir à Paris, la rotonde servira de salle de culte des presbytériens anglais le dimanche après-midi, pendant que les anglicans avaient leur service dans la nef. Cette venue n’est pas sans conséquence sur le protestantisme, des missionnaires anglais entreprirent de ré-évangéliser une France et une église protestante trop libérale à leurs yeux, trop rationaliste, ce qui fut à l’origine de ce qui fut appelé le "réveil".

2) Les locaux devinrent également trop petit à cause du dynamisme du protestantisme à l’époque, en partie porté par l’enthousiasme caritatif porté par le "réveil" qui entraîna la création de nombreuses œuvres et mouvements :

  • La Société biblique de Paris, fondée en 1818, réunit Mme de Staël, François Delessert, de Coulmann, l’amiral Ver-Huel.
  • La Société des traités religieux est fondée en 1822, fréquentée par, entre autres Waddington et Guizot « professeur d’histoire ».
  • Le Comité de la Société Biblique auxiliaire de dames
  • La Société protestante de prévoyance et de secours mutuel dont la 1ère séance se tient le 16 janvier 1825, fondée par des membres de l’Oratoire pour venir au secours des pauvres.
  • La Société des Missions est créée en 1822 par des réformés et des luthériens et se réunit régulièrement à l’Oratoire, avant que ne soit construite la Maison des Missions au 102 boulevard Arago (où elle est toujours).
  • Les écoles du dimanche, ayant un but d’instruction et d’édification spirituelle des enfants vont être créées à l’Oratoire. Le 21 avril 1820, à la nomination de Frédéric Monod comme pasteur-adjoint par ordonnance royale, le consistoire décide d’utiliser ses services pour établir et diriger une école du dimanche à l’Oratoire. Cela se faisait déjà dans d’autres églises protestantes à l’étranger, et cette action est bien dans la pensée protestante qui a toujours cherché à promouvoir la lecture et la réflexion personnelle de chaque personne, même la plus modeste socialement.

En 1821-1822, la "salle du consistoire" a été doublée d’une "salle haute" en coupant en deux dans la hauteur la "rotonde de Lemercier" par un plancher posé sur la corniche. On accède à cette salle par un escallier qui a été aménagé dans l’ancienne sacristie des oratoriens, à l’angle sud ouest de l’Oratoire.

Les écoles du dimanche prendront un tel développement que la salle du consistoire doublée de la salle haute furent rapidement trop petites. L’école du dimanche envahira alors le temple même, où elle occupera d’abord tout le chœur, momentanément séparé de la nef par un vaste rideau tendu dans toute la largueur du temple, puis l’Oratoire tout entier, avec un personnel important pour s’occuper des enfants : pasteurs, maîtres enseignants, surveillants et auxiliaires bénévoles.

Une bibliothèque et une grande table elliptique ont été fabriquées spécialement pour meubler la salle du consistoire. Dans l’Oratoire, le tympan au dessus de la porte menant à la grande sacristie a été peint d’un verset biblique selon un usage très fréquent dans le protestantisme : « Le don de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur Â» (verset tiré de la lettre de l’apôtre Paul aux Romains 6:23).

Enfin, la salle du consistoire, appelée aujourd’hui "grande sacristie" a été aménagée au XIXe siècle en lieu de mémoire du protestantisme parisien avec des bustes et des inscriptions.

Pour en savoir plus :

 

 

Orgues Orgues Orgues Orgues

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Orgues

Un orgue avait été construit à Saint-Louis-du-Louvre par les protestants afin d’accompagner l’assemblée dans le chant des Psaumes et cantiques. Lors du déménagement à l’Oratoire, cet orgue a suivi et a été d’abord été installé dans le chœur. Puis, quand le tambour d’entrée provenant également de Saint-Louis du Louvre a trouvé sa place adossé à la grande porte de la rue Saint Honoré, cet orgue est placé  au dessus, sur la galerie.

Ce petit instrument n’avait probablement qu’un seul clavier et il était certainement insuffisant pour les dimensions de l’Oratoire. En 1824 la « commission des bâtiments et de l’intérieur Â» décide « de faire établir dans le temple de la rue St. Honoré un orgue plus assorti à l’étendue de ce temple et plus propre à le décorer que celui qu’il y a maintenant… Â». Le projet des facteurs Somer et Callinet est retenu, le marché est signé en 1826. Ils mirent presque deux années pour achever cet instrument de 25 jeux réels, répartis sur trois claviers et pédalier, la console étant située à l’arrière du buffet. Le buffet était à trois plates-faces, sans tourelles, ressemblant à celui de l’orgue qui se trouve encore de nos jours dans la chapelle de la Sorbonne. Le petit orgue, devenu inutile, fut cédé en 1835 à l’Eglise réformée de Nantes.

En 1852, la maison Cavaillé-Coll réalisa des travaux d’amélioration, et en 1898/1899 un nouvel instrument est reconstruit par la «Manufacture de grandes orgues Merklin et Cie». Les 32 jeux, dont 21 jeux de fonds prirent place dans le buffet ancien, la console étant disposée sur le devant de la tribune. La soufflerie fut électrifiée en 1902.

Cet orgue dura ainsi jusqu’à la transformation majeure qui fut faite en 1960 avec l’orgue actuel de 67 jeux réalisé par Gonzalez.

Pour en savoir plus

 

 

Sacristie des pasteurs Sacristie des pasteurs Sacristie des pasteurs Sacristie des pasteurs Sacristie des pasteurs

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Sacristie des pasteurs

La sacristie est la pièce où les pasteurs peuvent se retrouver et se préparer avant de faire le culte. Il contient des placards où sont suspendues les robes pastorales. Contrairement à ce qu’indique l’étymologie du nom, cette pièce n’a rien de sacré pour les protestants.

A l’Oratoire, la sacristie était à l’origine derrière le chevet. . Dans le réaménagement de l’Oratoire pour le culte protestant, ce chevet trouvera d’autres usages comme lieu de réunions, la sacristie sera transformée en cage d’escalier menant à la "salle haute".

Deux des chapelles latérales ont été transformées en une petite sacristie donnant commodément au pied de la chaire. Une cloison de bois a permis d’aménager aussi un couloir permettant aux fidèles d’entrer directement du 1 rue de l’Oratoire dans le chœur. Cette cloison en bois laisse apercevoir d’un côté comme de l’autre, les restes du monument funéraire dressé en mémoire du cardinal Pierre de Bérulle, fondateur de l’Oratoire de France.

Cette sacristie des pasteurs comporte une première pièce restée dans le style empire, avec ses boiseries, une glace et un poêle.

 

 

Mobilier liturgique Mobilier liturgique Mobilier liturgique Mobilier liturgique Mobilier liturgique

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Mobilier liturgique

En 1889, le pasteur Decoppet innove par rapport aux habitudes protestantes réformées en faisant construire un mobilier liturgique comprenant plusieurs éléments :

  • Une table de communion. L’usage ancien voulait qu’une table soit dressée sur des tréteaux au centre de l’assemblée quand un service de communion était prévu (trimestriellement, et maintenant mensuellement).
  • Un baptistère. L’usage voulait plutôt qu’une aiguière soit utilisée pour verser un peu d’eau sur la tête du baptisé.

Selon les époques, en fonction des sensibilités du Conseil Presbytéral, ces deux objets ont été par la suite utilisés ou non. Ils le sont actuellement.

 

 

Colombe Colombe Colombe

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Colombe

Théoriquement, il n’y a pas d’autre décoration dans un temple protestant que la belle simplicité des murs nus, une grande Bible exposée et des versets bibliques. Néanmoins, une colombe monumentale a été installée sur la voûte de l’Oratoire, à la croisée du transept en 1899. Cette sculpture en plâtre peint et doré a été offerte en 1899 par le baron Arthur de Schickler, secrétaire du conseil presbytéral .

La colombe est un symbole biblique très connu. Les évangiles racontent qu’au baptême de Jésus par Jean-Baptiste : « Le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles: Tu es mon Fils bien-aimé; en toi j’ai mis toute mon affection. Â» (Évangile selon Luc 3:22). La colombe est ainsi le symbole de l’Esprit de Dieu, Esprit qui est comme la présence vivifiante et créatrice de Dieu.

Cette colombe complète bien la Bible qui est exposée juste en dessous, sur la table de communion. En effet, dans la théologie protestante, l’Esprit est promis à chaque homme, chaque femme, du plus cultivé au plus simple, faisant de lui un prophète et un prêtre, digne de lire lui-même l’Écriture, et de l’interpréter avec l’aide du Saint-Esprit .

Pour en savoir plus :

 

 

La galerie de la rue de Rivoli La galerie de la rue de Rivoli La galerie de la rue de Rivoli La galerie de la rue de Rivoli La galerie de la rue de Rivoli

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

La galerie-terrasse de la rue de Rivoli

Le percement de la rue Rivoli en 1854 entraîne une profonde transformation du quartier mais aussi de l’extérieur de l’Oratoire :

  • Les bâtiments de l’ancien couvent des Oratoriens vont être démolis, laissant uniquement l’église de l’Oratoire.
  • L’Oratoire va être séparé du palais du Louvre par une large avenue alors qu’il était auparavant dans le même ensemble.
  • Pour garder la continuité des arcades tout en laissant apparaître le beau chevet de l’Oratoire, l’architecte Baltard a l’idée de construire ce balcon unique en son genre.

La première partie de la rue Rivoli, en partant de la Concorde, est percée sous les ordres de Napoléon Bonaparte en 1800-1835, bordée au nord d’immeubles de Percier et Fontaine, avec cette galerie inspirée des villes d’Italie. C’est d’ailleurs d’Italie que lui vient ce nom de Rivoli, lieu d’une victoire de Bonaparte en 1797. Dans le « grand dessein Â» de Napoléon, le Palais du Louvre est agrandi de la partie qui est actuellement occupée par le musée des Arts Décoratifs, ce sera Louis XVIII qui achèvera cette construction. Les travaux se poursuivront tout au long du XIXe siècle, ils arrivent au niveau de la place du Palais-Royal en 1835, puis au niveau de l’Oratoire vers 1854. Napoléon III amplifiera encore ces grands travaux dans Paris à son retour d’exil en 1848, il veut rendre Paris plus salubre en ouvrant de grandes avenues et des parcs.

Pour faire place aux nouvelles rues, les bâtiments annexes de l’ancienne congrégation de l’Oratoire, côté Marengo (ex rue du Coq) vont alors être démolis, ainsi qu’une galerie couverte d’une terrasse qui restait de l’hôtel du Bouchage et qui communiquait avec l’église. Les rues du Coq ( future Marengo) et de l’Oratoire qui étaient des impasses vont être percées sur la nouvelle rue de Rivoli.

La galerie-terrasse de l’Oratoire va être construite entre 1854 et 1856 avec des matériaux provenant de la place de la Concorde. Là encore, plusieurs projets existaient, et l’on doit au protestant Baltard d’avoir ainsi ce beau dégagement de l’Oratoire sur la rue de Rivoli et sur le palais du Louvre.

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Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny Monument de Coligny

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Monument à la mémoire de l’amiral de Coligny

Ce monument à la mémoire de l’amiral Gaspard de Coligny a été inauguré le 17 juillet 1889. Cette date n’est pas une coïncidence, en effet c’est pour le centenaire de la Révolution Française que cette œuvre a été érigée dans un souci de réconciliation des croyants sous l’aile de la République. En effet, ce monument a été construit à l’initiative du pasteur Eugène Bersier, il n’a pas pour autant été financé par les seuls protestants comme une mémoire d’un héros de son camp, mais il a été financé par souscription nationale, avec la participation très large, unifiant effectivement protestants et catholiques dans un « plus jamais ça Â» très œcuménique. Le fait que la IIIe République se soit associée à ce projet est également un signe de respect de la République Française pour les églises, après les saccages commis sous la terreur, c’est un geste de la future laïcité inscrite dans la loi de 1905.

Le chevet de l’Oratoire rue de Rivoli a été choisi pour ériger ce monument :

  • Parce que l’amiral de Coligny était un ministre du roi de France et un chef du parti protestant, sa statue se trouve ainsi entre le palais du Louvre et l’Oratoire qui était le siège du consistoire réformé.
  • Parce que Coligny habitait tout près, en son hôtel de la rue de Béthisy (à environ 500 mètres, au niveau du 136 de l’actuelle rue de Rivoli qui n’existait pas encore). Il y fut assassiné et défenestré lors du massacre de la Saint Barthélémy, le 24 août 1572.
  • Ce massacre eut lieu principalement dans le quartier du Louvre, les cloches de l’église Saint-Germain l’Auxerrois auraient même été prises comme signal du commencement du massacre.

L’architecte Scellier de Gisors et le sculpteur Gustave Grauck sont les auteurs de cette œuvre monumentale (10 mètres de hauteur) en marbre blanc de Carrare.

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Autres transformations Autres transformations Autres transformations Autres transformations

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Autres transformations dans l’Oratoire au XIXe

Croix et clocheton

La croix qui couronnait le portail de l’Oratoire rue Saint Honoré avait été abattue lors des saccages révolutionnaires, ainsi que les statues et autres décors. Une croix a été remise en place en 1845 à l’occasion de travaux de restauration.

Le clocheton que l’on voit sur les gravures anciennes et qui se trouvait au sommet du toit du côté du portail a été démonté, un nouveau clocheton a été construit au centre du transept. Il est surmonté d’une croix qui était dorée.

Panneaux coupe vent (tribune, tambour entrée)

Malgré des "calorifères" installés pour chauffer l’Oratoire, il devait y avoir de terrible courants d’air dans l’Oratoire, surtout avant la réfection des vitraux. Des coupe-vents vont être installés au-dessus des grandes tribunes et au fond de la nef, devant le magnifique tambour venant de Saint Louis du Louvre.

Portes d’accès au 1 rue de l’oratoire

Le percement de la rue de Rivoli en 1854 et les importants travaux de restauration de l’Oratoire qui ont été menés dans cette période ont conduit à réorganiser également la distribution des espaces autour de la grande sacristie. L’architecte Baltard, protestant, conduisit ces transformations. Il fit prolonger le couloir qui ceinturait la nef en lui faisant faire le tour de la grande sacristie, et il fit percer une nouvelle porte au n° 1, rue de l’Oratoire pour permettre un accès direct depuis la rue de l’Oratoire sur la sacristie et sur le long couloir latéral.

L’éclairage au gaz puis à électricité

Un éclairage avec des becs de gaz a été installé au XIXe, remplacé en 1924 par l’éclairage électrique, les becs de gaz qui étaient sur les pilastres dans l’Oratoire seront alors remplacés par des lustres qui sont des copies de ceux des Célestins.

La croix intérieure

Dans des églises protestantes de sensibilité luthérienne ou anglicane, il a toujours semblé normal de voir des croix. Mais dans une église de culture calviniste il n’y a habituellement pas d’autre décoration que la simplicité des murs nus, une grande Bible exposée, et des versets bibliques. Il n’y a donc jamais eu de croix dans un temple protestant réformé jusqu’au XXe siècle. C’est après la première guerre mondiale que les protestants ont commencé à mettre des croix dans les temples. Peut-être parce que cette guerre a été une telle horreur que les protestants se sont rappelé les souffrances du Christ sur la croix, et son espérance qu’au delà de la mort et de la souffrance, toute personne est promise à la vie. C’est pourquoi les croix qui sont entrées ainsi dans les églises protestantes n’ont pas de Jésus-Christ souffrant et mourant représenté dessus, mais ce sont de simples croix, évoquant par l’absence du corps crucifié l’échec de la mort et la victoire de la vie que donne Dieu en Christ.

C’est en 1930 que le pasteur Wilfred Monod inspire au Conseil Presbytéral l’idée de mettre cette croix dans l’Oratoire. Elle rappelle la croix qui était à l’extérieur sur le fronton de l’Oratoire rue Saint-Honoré, croix qui avait été démolie par les révolutionnaires en 1793, et rétablie vers 1850 lors des travaux de restauration de cette façade.

 

 

Pasteur Paul-Henri Marron Pasteur Paul-Henri Marron Pasteur Paul-Henri Marron Pasteur Paul-Henri Marron

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Pasteur Paul-Henri Marron (1754 - 1832)

Le premier pasteur de l’Eglise Réformée de Paris après la Révocation est né à Leyde en 1754. Paul-Henri Marron, descendant de réfugiés huguenots est consacré fort jeune à l’âge de 20 ans. Nommé pasteur à Dordrecht en 1775, il vient s’établir à Paris en 1782 comme chapelain de l’ambassade de Hollande où un culte a lieu en français depuis le traité d’Utrecht en 1713. Marron est sur le point d’être destitué pour raison politique car il a protesté contre l’invasion du sud des Pays-Bas par une armée prussienne, lorsque Rabaut-Saint-Etienne, le futur président de l’Assemblée Nationale, le fait accepter comme pasteur de l’Eglise Réformée de Paris.

Le 7 juin 1789, il célèbre le culte dans une salle louée à un marchand de vin rue Mondétour, à l’angle de la rue du Cygne. Cette pièce sert d’ordinaire à des repas de noces. Quelques fidèles s’offusquent d’entendre le chant des psaumes dans un lieu où l’on entonne aussi des couplets bachiques.

A partir de février 1790 le culte sera transféré à l’emplacement du 18 rue Dauphine dans l’ancienne salle des Enfants d’Apollon où Court de Gébelin a créé une société savante en 1780, le Musée social, et où s’est installée ensuite la loge maçonnique des Neuf-Soeurs, présidée par le duc d’Orléans.

Le club des Cordeliers remplace pour quelques semaines l’Eglise Réformée de Paris en mai 1791. Celle-ci va alors trouver place dans l’ancienne église Saint-Louis du Louvre, entre le pavillon Mollien et le pavillon Denon, place du Carrousel.

A la demande du maire de Paris, Bailly et de La Fayette, l’église Saint-Louis du Louvre a été louée aux protestants parisiens pour la somme annuelle de 16450 livres. Lors de la dédicace du temple, Marron choisit le verset suivant : " Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans l’affliction, persévérants dans la prière ". Le 13 octobre 1791 Bailly assiste en personne au culte. Marron prend pour texte : " Vous connaissez la vérité et la vérité vous rendra libres ".

Le pasteur de Paris devient vite suspect aux Jacobins. Il est arrêté le 21 septembre 1793, relâché, arrêté une seconde fois. Il fait des concessions : le culte sera célébré le décadi et non le dimanche.

Le Consistoire décide d’offrir à la municipalité les quatre coupes qui servent à la communion et qui seront transformées en pièces de monnaies. Marron prononce à cette occasion un discours emphatique : " Tous les rangs confondus inséparables de la Liberté... " " Honte à tous ces échafaudages de mensonges et de puérilités que l’ignorance et la mauvaise foi ont décoré du nom fastueux de théologie. " Le discours prononcé par Marron ne reflète sans doute pas totalement ses opinions réelles. Même si ce n’est pas toute la théologie chrétienne qu’il attaque ainsi, mais seulement certaines dérives et qu’il continue par ailleurs à affirmer sa foi de chrétien.

A la suite d’une dénonciation notre pasteur révolutionnaire est à nouveau mis en prison à l’Hôtel Talara, à côté de la Bibliothèque Nationale, rue de Richelieu. Cette détention plus longue que la première ne prend fin qu’avec la chute de Robespierre. On a beaucoup critiqué Marron pour son attitude pendant la Terreur. On a oublié qu’Oberlin a adopté une attitude sensiblement analogue comme il l’a reconnue dans son Journal : "Je fus interdit de toute fonction ministérielle quelconque par le gouvernement révolutionnaire de Robespierre et des Jacobins et j’établis un club à la place du service divin pour, sous ce nom, continuer vos assemblées". Le club est convoqué par l’apôtre du Ban-de-la-Roche "au saint temple de la raison ou de l’Eternel, comme nous appellerons désormais nos Eglises".

En dépit de la tourmente révolutionnaire Marron continue de remplir vaille que vaille sa mission pastorale tout en vivant de ses appointements comme traducteur du ministre des affaires extérieures. Il reprend ostensiblement ses fonctions en mars 1795. Nommé en décembre 1802 pasteur de l’Eglise réformée de Paris par le premier Consul avec Rabaut-Pommier, un ancien pasteur du Désert devenue entre-temps sous-préfet au Vigan, et Mestrezat, un genevois descendant d’un illustre pasteur de Charenton, il a une position très difficile, habite au 2 de la place Vendôme où il donne des réceptions de cent personnes.

Les trois pasteurs du Consistoire de Paris sont décorés de la Légion d’honneur. Le vitrail, derrière l’orgue, au Temple de l’Oratoire rappelle cette triple nomination, On a reproché à Marron d’avoir fait l’éloge de tous les régimes successifs qu’il a traversés en vers latins ou grecs.

C’est aussi un homme qui a su dire non s’il le fallait comme en témoigne son attitude très digne lors du sacre de Charles X. Une lettre de son collègue Mestrezat à sa femme nous permet de mieux saisir la vraie personnalité de Paul-Henri Marron : - Je suis beaucoup plus content de lui que je ne l’aurais cru -, il a de l’esprit, beaucoup de connaissance des hommes et des affaires, des lumières comme savant et homme de lettres en ménageant sa suprématie nous serons très bien ensemble -.

Marqué par le Siècle des Lumières Marron insiste davantage sur le Christ en tant que modèle et exemple qu’en la nécessité d’une transformation intérieure à la suite de la prise de conscience du péché.

L’idée d’harmonie entre le Divin et l’humain l’emporte chez lui sur l’idée de rupture, mais il n’oublie pas que la sagesse de ce monde est folle pour Dieu et il dénonce avec énergie les principes corrupteurs et le libertinage de son temps.

Sa pensée est optimiste. Elle insiste sur la confiance et la reconnaissance. Sa dernière prédiction a été : " O mort où est ton aiguillon, O sépulcre où est ta victoire ? "

Marron est emporté par le choléra le 31 juillet 1832, fidèle à son poste jusqu’au bout. Sa tombe est au Père Lachaise. Athanase Coquerel père, son suffragant depuis 1830, sera son successeur.

Philippe Vassaux

Pour en savoir plus :

 

 

Napoléon 1er et le concordat Napoléon 1er et le concordat

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Napoléon 1er et le concordat

Le "Concordat", complété par les "Articles organiques", sont des lois décrétées par l’Empereur Napoléon 1er pour réglementer la vie des Églises aussi bien protestantes que catholiques. Il ne contient aucune mesure restrictive, et pour la première fois les pasteurs seront payés par l’État. Mais le Concordat ne reconnaît que les Églises « consistoriales » de 6000 âmes, et non pas les Églises « locales », mieux adaptées à la dispersion des protestants et à leur théologie. Surtout, le Concordat ne reconnaît pas le synode national, autorité centrale traditionnelle de l’Église protestante, seule capable d’arbitrer d’éventuels conflits.

En organisant un nouveau régime politique après son coup d’État du 18 brumaire (9 novembre 1799), Bonaparte a pour but de rétablir la paix civile, et à ses yeux la politique religieuse est une question importante. Agnostique, il connaît mal le protestantisme, mais tient volontiers des propos aimables à son égard (« Nous voudrions que tout le monde fût protestant » dit-il en 1801...) pour faire contrepoids au catholicisme auquel il refuse le titre de « religion dominante » que réclamait le pape, se contentant de le qualifier de « religion de la grande majorité des citoyens français ».

Le Concordat et ses "articles organiques" concernant l’église protestante
Le Concordat et ses "articles organiques" concernant l’église protestante

Le Concordat, conclu avec le pape Pie VII et signé le 8 septembre 1801, n’entre pas immédiatement en vigueur, il ne devient loi de l’État que le 8 avril 1802 (18 germinal an X), après avoir été complété par les articles organiques, ajoutés par Bonaparte, sans concertation avec le pape, articles qui forment un ensemble de règles réglementant la vie de l’Église catholique et organisant les cultes protestants. La question du culte juif est remise à plus tard, ce délai étant alors motivé par l’idée que les Juifs forment plus un peuple qu’une religion, et leur culte ne sera réorganisé qu’en 1808.

Cependant il s’agit non pas d’une loi négociée, mais d’une décision du gouvernement : en effet, le ministre responsable (Portalis) a bien consulté quelques notables protestants luthériens ou réformés, surtout le pasteur Paul-Henri Marron et Pierre-Antoine Rabaut-Dupui membre du Corps Législatif, mais il n’a guère tenu compte de leurs avis. En fait, Bonaparte ne reconstitue pas du tout l’Église protestante - en particulier sa branche réformée - telle qu’elle existait avant les persécutions, il bouleverse son organisation, d’où de nombreuses difficultés et des facteurs de division qui verront le jour dans le protestantisme et en particulier à l’Oratoire qui était le siège de l’église consistoriale pour toute la région parisienne.

En 1811, l’empereur Napoléon a le projet d’agrandir le Louvre pour le réunir aux Tuileries. Les bâtiments se situant à l’intérieur du périmètre sont voués à la démolition, dont Saint-Louis du Louvre (Les travaux de démolition traîneront pendant quelques années). Les protestants n’ont plus de lieu de réunion. Un courrier du Conseil d’Etat conservé à la SHPF propose de leur affecter l’église des Théatins arguant que l’église de l’Oratoire pourrait être affecté à la paroisse de St-Germain l’Auxerrois. {Aucune mention retrouvée dans les archives SHPF disant qu’on leur aurait fait choisir entre la Madeleine et l’Oratoire...}

Le préfet de Paris, à l’époque, « le bon M. Frochot », favorable aux protestants, présenta habilement la situation à l’empereur suscitant «de se faire demander s’il n’y avait pas de local disponible », et obtint la permission de les établir à l’Oratoire . On dégage les décors de théâtre de l’Opéra, du Vaudeville et avec plus de lenteur du Théâtre-Français qui y étaient entreposés (il fallut l’intervention très autoritaire du délégué du Consistoire, M. Châtillon que l’on prend pour un commissaire impérial, pour qu’ils s’exécutent, ce qui fut fait entre le 17 février et avril 1811). M. Mallet avança 8000 francs pour les travaux de déménagement et d’installation, dont il ne fut remboursé qu’en 1813, quand la Ville finit par fournir les fonds promis.

Le 1er culte est célébré à l’Oratoire en avril 1811, le jour de Pâques.

Deux événements importants mirent les protestants à l’honneur :

  • la Légion d’honneur est attribuée aux trois premiers pasteurs de l’Oratoire -Marron, Mestrezat et Rabaut-Pommier -par Napoléon en 1811 :, qui reconnait ainsi publiquement les protestants. En mémoire de ce geste, lors de la restauration des vitraux en 1814, une croix de la Légion d’Honneur viendra orner le vitrail de la façade
  • en 1812, les spectaculaires obsèques du Vice-amiral de Winter, enterré au Panthéon, rassembleront les plus hautes personnalités dans l’Oratoire pour un culte d’action de grâce.

Pour en savoir plus :

Vidéo d’une conférence de Patrick Cabanel, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Toulouse-Le Mirail, membre de l’institut universitaire de France. Il dévoile comment l’Oratoire, comme d’autres anciennes église catholiques, ont été cédées aux protestants sous Napoléon :

 

 

Famille Delessert Famille Delessert Famille Delessert

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Benjamin Delessert (1773 - 1847)

La famille Delessert est une famille protestante et parisienne qui s’est illustrée dans le commerce de la soie, la banque, la création de la première filature de coton en France et la fondation de la Caisse d’Épargne. Cette famille a marqué le protestantisme parisien au XIXe siècle par son engangement.

Les premiers Delessert protestants émigrent de France en Suisse après la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Jean-Jacques naît à Cossonay en Suisse en 1690, mais revient en France à Lyon, en 1721 où il crée un commerce de soieries. Son fils Étienne (1735-1816) s’établit à Paris où il devient banquier et fonde les premières sociétés d’assurance. C’est un philanthrope soucieux du bien- être du peuple et il fonde juste avant la Révolution deux écoles gratuites pour les enfants protestants. Il est arrêté en 1792, et ne devra sa survie qu’à la chute de Robespierre en 1794, comme le pasteur Marron. Il reprend ses activités sous le Directoire, les étend à l’agronomie et à la mécanisation de l’agriculture. Il participe avec d’autres financiers à la création de la Banque de France en 1800.

Etienne Delessert est membre du Consistoire de l’Eglise de l’Oratoire, son fils Benjamin Delessert (1773-1847) lui succèdera. A sa mort, il sera remplacé au Consistoire par son frère (François Delessert, 1780-1868).

C’est Benjamin, un des fils d’Étienne, entré dans la banque de son père en 1796, qui devient Régent de la Banque de France en 1802. Il crée à Passy en 1801, la première raffinerie de sucre de betterave et y remet en activité une filature de coton. Benjamin Delessert fut par ailleurs un éminent botaniste ; grand collectionneur d’herbiers, en relation avec les plus grands naturalistes de son époque il fut nommé membre libre de l’Académie des Sciences.

A partir de 1815 il s’implique dans la vie politique française ; il est élu député de Paris puis de Saumur, de 1817 à 1842 ; il siège au Centre gauche et se bat pour améliorer la condition des malades dans les hôpitaux et pour l’abrogation de la peine de mort.

Il participe en 1818 à la création de la Caisse d’Épargne qu’il dirigera jusqu’à sa mort.

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Famille Coquerel Famille Coquerel Famille Coquerel Famille Coquerel

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Pasteurs Athanase Coquerel père et fils

Le premier pasteur de l’Oratoire, Paul-Henri Marron était assez libéral, de même que ses collègues lors de la recréation de l’Eglise Réformée à Paris après l’édit de tolérance. Le protestantisme et "les lumières" ont des affinités importantes, mais les protestants d’alors ne sont pas allés en général jusqu’à réduire la foi à un ensemble de préceptes moraux et d’opinions relatives, même si ce libéralisme extrême existait chez certains.

Après 1815, des missionnaires anglais sont venus en France prêcher un "réveil" dans une église protestante dont ils jugeaient la foi endormie par les lumières. Il est alors apparu un courant "évangélique" qui va s’opposer fortement aux "libéraux".

Le libéralisme sera d’abord opprimé par le courant "évangélique" qui était parvenu à être légèrement majoritaire dans le consistoire de Paris. Les pasteurs Coquerel père et fils sont des acteurs importants de ces débats au sein du protestantisme du XIXe siècle. Ils font partie de ces pasteurs qui prêchent l’Evangile et la liberté. De sorte que parmi les paroissiens de l’Oratoire, les libéraux étaient majoritaires et dès que les paroisses purent choisir enfin leurs pasteurs librement, l’Oratoire put devenir un pôle du christianisme libéral (et social).

Athanase Coquerel (1795-1868)
Athanase Coquerel (1795-1868)

Athanase Coquerel (1795-1868)

Né à Paris en 1795, Athanase Coquerel vient d’une famille janséniste originaire de Rouen, les du Fossé. Son père avait épousé la fille d’un officier anglais qui avait secouru les Coquerel pendant leur séjour outre-manche. A la mort de sa mère Athanase Coquerel est élevé par une tante, miss Williams, une unitarienne cultivée, dont l’influence a été déterminante sur lui et sur son frère Charles.

Après des études de théologie à Montauban, il est nommé pasteur à Guernesey, mais il refuse le poste afin de ne pas avoir à signer les 39 articles de l’Eglise anglicane. Le 2 novembre 1817 il prêche à l’Oratoire pour le troisième centenaire de la Réformation. Son sermon, qui a été publié, annonce un grand orateur. Venu en Hollande pour donner quelques prédications dans les églises Wallonnes, il va y rester douze ans, En 1830 le baron Cuvier, directeur des cultes non catholiques, le décide à accepter la suffragance du pasteur Marron, il devient titulaire du poste à la mort de celui-ci, lors de l’épidémie de choléra de 1832.

Nouveau pasteur à Paris, il va déployer une activité intense. Pédézert, l’un de ses adversaires théologiques et qui était un pionnier du Réveil, engagé en même temps que lui au service de l’Eglise de Paris, a reconnu dans ses mémoires "Cinquante ans de souvenirs religieux " que Coquerel "a eu pendant de longues années le plus grand auditoire protestant de la capitale et - qu’il a apporté dans la chaire des convictions aussi sincères et aussi vives que Frédéric Monod ". Coquerel a effectivement rempli les temples de l’Oratoire et de Sainte-Marie etil a créé le troisième lieu de culte de la ville, le temple des Batignolles en 1835.

"Après l’avoir entendu, dit l’un de ses détracteurs, on est plus disposé à dire bravo qu’amen". La notoriété exceptionnelle d’A. Coquerel soulève des jalousies. Il est élu à l’Assemblée constituante en 1848 et en 1849 à l’Assemblée législative. Ses dernières années sont attristées par les rivalités ecclésiastiques entre orthodoxes et libéraux. Le consistoire lui refuse l’assistance d’un suffragant de son choix. Il meurt après une attaque de paralysie en janvier 1868. Son enterrement se fait sans bruit, sans faste, dans le recueillement et l’amitié. Son dernier sermon, le 1160 e, a été donné à l’Oratoire le vendredi-saint 1867.

Même ses adversaires ont été unanimes à rendre hommage à ses qualités et à ses talents. Parmi ses nombreux écrits mentionnons : L’Orthodoxie moderne, Réponse à Strauss après sa Vie de Jésus, Le christianisme expérimental, Une christologie, Un traité sur la prédication. Il a fondé successivement trois journaux : Le Protestant, Le Libre Examen et Le Lien.

Le témoignage du très orthodoxe Jean Pédézert n’est pas sans intérêt : " Frédéric Monod et Athanase Coquerel ont fait leurs débuts ensemble à l’Oratoire ; ils ont été collègues et adversaires dès les premiers jours. Ils ont été des hommes de lutte... Ils étaient deux causes et deux hommes. Le choix n’est pas difficile entre les deux causes ; on se décide bien vite pour l’une ou pour l’autre ; il n’est pas aussi aisé entre les deux hommes, car ils agissaient et parlaient selon qu’ils étaient persuadés, et ils l’étaient pleinement chacun à sa manière. Au lieu de se prononcer entre les deux consciences, mieux vaut les honorer l’une et l’autre ".

Athanase Coquerel n’a jamais varié sur le plan théologique. Il appartient au courant pré-libéral. Le pasteur A.N. Bertrand place fort judicieusement A. Coquerel parmi les supranaturalistes-rationalistes " qui se distinguent de l’orthodoxie par la méthode plus que par leurs conclusions et par leur tempérament plus encore que par la méthode... Au lieu d’étudier l’histoire, ils la reconstruisent ". A. Coquerel conserve une bonne partie de la doctrine orthodoxe. Pour lui la réflexion théologique a pour but de reconstruire le plan de Dieu dans la création et la rédemption du monde. Cette démarche est supranaturaliste puisqu’il s’agit d’accorder la foi et la raison avec les faits. Cette pensée, assez difficile à cerner pour nous aujourd’hui, n’a subi ni l’influence de Kant, ni celle du Réveil. Coquerel a dit par exemple : " Je suis sûr de l’existence de mes semblables parce que je les aime ".

Les représentants de cette tendance ont une ouverture d’esprit et un souffle religieux qui annonce une autre forme du libéralisme : refus de l’argument d’autorité, piété dégagée de tout formalisme, distinction entre la croyance et le dogme, doctrine nécessaire mais non suffisante. Le tort de cette méthode a été sans doute de vouloir établir rationnellement et une fois pour toutes quels sont les besoins de l’esprit humain et les caractères du vrai christianisme.

Avec Athanase Coquerel fils, la pensée libérale sortira du cadre étroit du supranaturalisme rationaliste et trouvera un nouvel équilibre qui permettra de mieux rendre compte de l’Evangile. La pensée d’Athanase Coquerel père marque une étape importante, mais dépassée, dans le cheminement du libéralisme religieux. Mais n’oublions pas le mot d’A.-N. Bertrand : " Ce que l’on sait et ce que l’on croit dépend de ce que l’on vaut ". La dette, que l’église de l’Oratoire a auprès des Coquerel père et fils est, dans ce domaine aussi, immense.

Athanase Coquerel fils (1820-1875)
Athanase Coquerel fils (1820-1875)

Athanase Coquerel fils (1820-1875)

Athanase Josué Coquerel, né à Amsterdam le 16 juin 1820, est le fils aîné du pasteur Athanase Laurent Charles Coquerel. Après des études de théologie à Genève, il est consacré au ministère pastoral en 1843 par son père, en présence de 68 pasteurs, à Nîmes où le Consistoire vient de l’appeler. Il remplace son père comme aumônier au Lycée Henri IV en 1848 et devient en 1850 le suffragant du pasteur Martin Paschoud qui a usé toutes ses forces à porter le flambeau du christianisme libéral à Paris.

Sa vaste culture littéraire et théologique ainsi que des dons oratoires exceptionnels font très vite d’Athanase Coquerel le prédicateur le plus suivi de Paris. En 1863 son sermon sur la solidarité chrétienne entraîne un tel enthousiasme que la collecte en faveur des ouvriers cotonniers de Seine-Maritime dépasse 15 000 francs. Ses prédications sur la tradition protestante, les minorités chrétiennes et l’unité de l’Eglise, abordent des questions fondamentales et plaident la cause d’une plus grande largeur de vues.

Mais l’activité incessante et le rayonnement d’Athanase Coquerel ne sont pas du goût de tout le monde. On lui reproche d’avoir dit : " Ma première objection contre les confessions de foi (obligatoires), c’est qu’elles m’éloigne-rit de Jésus-Christ... Il n’y a de sincère et suffisante que la confession de foi qu’on se fait à soi-même. Que chacun se fasse la sienne ". Le professeur de théologie Pedezert qui rapporte ce propos reconnaît qu’il s’agit " d’une parole loyale et sympathique ", mais redoute qu’avec " ce généreux individualisme" il y ait des chrétiens, mais qu’il n’y ait plus d’Eglises chrétiennes.

Etablir l’unité de l’Eglise chrétienne sur une confession de foi obligatoire est l’obsession de l’orthodoxie protestante pendant la seconde moitié du XIXe siècle. Progressivement le parti orthodoxe devient majoritaire dans le consistoire de Paris sous le Second-Empire. A. Coquerel, que ses adversaires saluent eux-mêmes comme un homme modéré, pacifique, bienveillant et chaleureux n’a guère prêté le flanc à la critique. En 1864 le consistoire lui interdit la chaire sous prétexte de rétablir l’unité doctrinale en refusant de renouveler sa suffragance. Il ne s’agit pas, comme on l’a dit à tort, d’une destitution puisqu’A. Coquerel n’est pas titulaire d’un poste. Refuser à une fraction très importante de l’Eglise de Paris un pasteur suffragant de son choix va conduire à une situation d’autant plus invraisemblable que tout le monde va s’en mêler, y compris les pouvoirs publics puisque nos Eglises ne seront séparées de l’Etat qu’en 1905.

Pour les orthodoxes il s’agit de combattre " l’erreur " au nom de la vérité, pour les libéraux il s’agit d’assurer à chaque tendance une juste représentation. Les uns et les autres sont sincères. Comme on ne peut pas reprocher grand-chose à A. Coquerel, on critique surtout ses amitiés.

Son association d’anciens catéchumènes (il y en aura près de cinq cents) fait concurrence au diaconat. Il a écrit dans le Lien un article qu’on trouve trop élogieux à propos de la Vie de Jésus de Renan. Coquerel ne répond pas aux observations du Consistoire qui, à son avis, empiète sur sa conscience de pasteur. Enfin il a cédé la chaire de l’Oratoire aux pasteurs Colani et Réville. Le consistoire qui a manifesté des tendances inquisitoriales ne s’attend probablement pas à déchaîner un tollé quasi-général. Une pétition en faveur d’A. Coquerel regroupe près de 5 000 signatures

Il m’a été donné de la retrouver... au fond d’une cave ! N’hésitez pas à venir consulter ces listes vénérables à mon bureau. Vous trouverez quelques grands noms de l’époque : Eugène Pelletan, Broca, Ferdinand Buisson, Jules Simon, la marquise de La Rochefoucauld-Liancourt. Un formulaire est imprimé : Nous, sous-signés, membres de l’Eglise Réformée, au nom de la liberté de conscience, protestons contre l’exclusion de M. le Pasteur Athanase Coquerel fils. Les signatures autographes sont déposées à l’agence de l’Union libérale, 5 rue des Beaux-Arts. En 1864 une liste des protestataires est publiée. On reprochera aux libéraux d’avoir accepté les signatures des femmes, de quelques luthériens, de membres de l’Eglise n’habitant pas Paris. Pédésert dans ses cinquante ans de souvenirs religieux trouve regrettable que l’on accorde de l’importance à l’opinion " d’un savetier, d’un forgeron, d’un tailleur ou d’un cordonnier ". Ceux-ci avaient cependant autant de bon sens qu’un vieux théologien quelque peu pharisien et ils avaient sans nul doute davantage que lui le sens de l’équité.

Athanase Coquerel va continuer à prêcher en dehors de l’Oratoire. Des salles sont louées rue de Grenelle - Saint-Germain, boulevard Richard-Lenoir, enfin à la Cité d’Antin où la Salle Saint-André accueillera de vastes assemblées. En 1868 il est secondé par les pasteurs Dide et Grawitz. A. Coquerel et les nombreux fidèles qui le suivent affirment toujours qu’ils ne veulent à aucun prix se séparer de l’Eglise Réformée. La Ste Cène n’est jamais célébrée dans les salles qui vont s’ouvrir, aucun baptême ne sera pratiqué, aucun catéchumène ne sera reçu. On retourne pour ces cérémonies à l’Eglise officielle. Le pasteur Martin Paschoud, privé de son suffragant, sera mis à la retraite pour raison de santé. Sur son refus, il est révoqué, puis maintenu en place par le ministre des cultes. Il deviendra même président du consistoire à la mort d’A. Coquerel père, en raison de son ancienneté. La situation devient de plus en plus confuse avec un consistoire orthodoxe présidé par un libéral. La salle St André regroupe des auditoires de plus en plus nombreux. Trois Ecoles du dimanche sont ouvertes. La rivalité entre orthodoxes et libéraux se poursuit pendant le siège de Paris : il y aura des ambulances libérales au nombre de quatre et des ambulances orthodoxes !

Paradoxalement A. Coquerel est plus que jamais pasteur de l’Eglise de Paris à partir du vote funeste du 14 février 1864 qui lui retire toute fonction officielle. Exclu des temples parisiens, il est appelé à occuper la chaire d’un grand nombre d’Eglises et chargé de présider à des consécrations de pasteurs et à des dédicaces de lieux de culte: Nîmes, Le Havre, Montauban, Strasbourg, Dieppe, Nancy, Royan, Clairac, Tonneins, Poitiers. Il parcourt l’Europe et les Etats-Unis.’ Candidat républicain malheureux à la députation, il obtient cependant plus de 67 000 voix.

Tout le temps sur la brèche, A. Coquerel, travailleur acharné, n’arrive plus à se rétablir d’une phlébite. Il meurt d’une embolie, le 24 juillet 1875, alors qu’il séjourne chez sa sœur à Fismes dans la Marne. Son testament précise : " J’interdis absolument pour mes funérailles un service religieux dans un temple quelconque, toute invitation à qui que ce soit et je demande instamment que le pasteur se borne à dire : Dieu est Esprit et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité. Nos légères afflictions du temps présent produisent en nous le fruit éternel d’une gloire infiniment excellente. Amen. Après quoi il récitera l’oraison dominicale seule ".

Il est difficile de présenter l’ensemble des écrits d’A. Coquerel, dont la production littéraire est considérable. Indépendamment d’une contribution à divers journaux et de nombreux recueil de sermons, ses meilleurs volumes sont : Catholicisme et protestantisme, La Conscience et la Foi, l’Histoire du Credo. De ses nombreuses publications historiques, signalons Jean Calas, son Précis de l’histoire de l’Eglise Réformée de Paris, les Forçats par la foi. Auteur d’un recueil de cantiques intitulé Solennités chrétiennes, il a écrit tout aussi bien sur la topographie de Jérusalem que sur l’affranchissement des esclaves aux Etats-Unis. Critique d’art, il a publié : "des Beaux-Arts en Italie", " Rembrandt et l’Individualisme dans l’Art".

Voyageur, artiste, théologien, prédicateur, écrivain, polémiste, un homme de cette stature ne peut laisser indifférent ni ses contemporains, ni les hommes de notre temps. Ernest Renan a écrit à son sujet dans le journal des Débats : "Ce que M. Athanase Coquerel fils déploya dans son œuvre excellente de zèle, de bonne volonté, de loyauté, de talent, est au-dessus de tout éloge... Son instruction était extrêmement étendue, son goût littéraire fort exercé. L’histoire de l’art en particulier lui était familière; il connaissait l’Italie dans la perfection et il en a écrit dignement. Mais ce qu’il était éminemment, c’était pasteur. Il semblait né pour le soin des âmes ; il tenait cet art d’une longue tradition et le maniait avec dextérité et tact admirables. C’est là une aptitude toute spéciale, qui ne saurait s’acquérir. Le talent, la bonne volonté, le génie même n’y suppléent pas. Il faut en faire son œuvre, s’y dépenser tout entier, négliger le reste... Beaucoup le suivaient parce qu’ils voyaient bien qu’il avait raison; d’autres parce que la règle de sa vie et le don de séduction par la bonté qu’il possédait à un si haut degré les entraînaient... Son christianisme était le vrai, c’était celui du Sermon sur la Montagne, la doctrine de l’adoration en esprit et en vérité... Peut-être son attitude militante ne lui permettait-elle pas cette patience, à laquelle les spéculatifs se résignent facilement sans qu’il y ait à cela grand mérite de leur part ".

Philippe Vassaux

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Famille Monod Famille Monod Famille Monod Famille Monod Famille Monod Famille Monod Famille Monod Famille Monod

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Famille Monod (Jean, Frédéric, Gabriel, Adolphe, Wilfred et Théodore...)

La famille Monod est une famille protestante qui a énormément apporté non seulement à l’Oratoire, mais aussi au protestantisme, à la foi chrétienne, à la société civile et à la science...

pasteur Jean Monod
pasteur Jean Monod

Jean Monod (1765-1836)
père d’une dynastie bienfaitrice

Jean Monod est né à Genève en 1765 deux ans après le dernier Synode du Désert. Son père, le pasteur Gaspard Monod, remplit les fonctions d’aumônier du gouverneur de la Guadeloupe lorsque l’île est occupée par les Anglais en 1759. Il prêche en français pour les protestants qui y sont établis suite à la Révocation de l’Edit de Nantes. De retour en Suisse lorsque la Guadeloupe est rendue à la France trois ans plus tard, il se fait connaître par plusieurs traductions d’ouvrages anglais.

Sous la direction de son père, Jean Monod fait des études classiques brillantes et entre, à dix-sept ans, à l’Académie de Genève en 1783. Consacré pasteur à vingt et un ans, il reste lié avec divers érudits de son temps, notamment Frédéric Bancillon, de Berlin, l’auteur des " Révolutions du système politique de l’Europe " depuis le XVe siècle (4 volumes). Il épouse en 1793 Louise de Coninck et se fixe à Copenhague en 1794 comme pasteur de l’Eglise française qui existe toujours. Les époux assistent aux attaques anglaises contre le Danemark en 1801 et 1807.

A la mort du pasteur Frédéric Mestrezat, le Consistoire de Paris fait appel en 1808 à Jean Monod, qui va quitter Copenhague pour un ministère de vingt-sept ans. Cet homme modéré, grand admirateur de Samuel Vincent et d’Alexandre Vinet, a su se garder à la fois des hardiesses parfois excessives de la théologie allemande et des étroitesses de l’orthodoxie du Réveil. Il n’a publié qu’un seul de ses sermons, prononcé lors du retour des Bourbons. L’avènement de Louis XVIII est salué avec reconnaissance dans certains milieux protestants car il apporte la paix. Quinze ans plus tard, il se félicite du nouvel ordre instauré par Louis-Philippe. Les sincérités excessives des pasteurs parisiens au début du XIXe siècle nous surprennent quelque peu aujourd’hui !

Jean Monod a collaboré à la Biographie Universelle de Michaud à laquelle il a fourni au moins quinze articles. Il a traduit et préfacé les " Lettres de Reinhard sur ses études et sa carrière de prédicateur " en 1816. Père de douze enfants, il est à l’origine de la branche française des Monod. Quatre de ses enfants deviendront pasteurs. Etranger à la lutte des partis, ce patriarche ne sera pas toujours d’accord avec ses fils sur le plan théologique. Leur affection mutuelle ne sera pas ébranlée pour autant. Son fils Frédéric (17941863) devient pasteur adjoint à Paris en 1819, pasteur en titre en 1832. Son troisième fils Adolphe (1802-1856) sera suffragant à Paris en 1847, pasteur en 1849.

Jean Monod a prêché avec talent et conviction. Tous ses contemporains sont unanimes sur ce point., Il a eu une grande audience en son temps et peut être considéré comme tout à fait représentatif de la tendance pré-libérale qui insiste beaucoup sur la nécessité d’une morale chrétienne, substrat indispensable de la vie spirituelle.

La Bibliothèque de Genève a conservé une importante collection de sermons de Jean Monod, annotés par ses fils Frédéric, Guillaume et Adolphe, qui ont envisagé d’en publier quelques-uns. Ceux-ci, adeptes de la théologie du Réveil, ont fini par y renoncer. Les grandes orientations de la pensée de leur père, qu’ils vénéraient sincèrement, étaient trop éloignées des leurs.

Dans ses " Cinquante Ans de Souvenirs religieux et ecclésiastiques " le professeur de théologie, J. Pedezert, qui ne peut être suspecté de libéralisme, remarque que, si l’ancien pasteur de Copenhague n’était pas un homme du Réveil, les hommes du Réveil l’ont respecté, mais " sa prédication grave et calme comme lui-même était plus propre à fortifier la vertu qu’à nourrir la piété ". Ce n’est sans doute pas ce qu’ont pensé les fidèles de l’Oratoire, qui avaient tout intérêt à arriver à l’heure s’ils voulaient trouver une place assise. Jean Monod a redonné certains de ses sermons plus de vingt fois. Les dames de l’Oratoire, bouleversées par une prédication sur le pouvoir de la charité, sont allées jusqu’à jeter leurs bijoux dans la bourse des pauvres. Il n’est pas surprenant que trois mille personnes aient accompagné Jean Monod jusqu’à sa dernière demeure terrestre le 23,avril 1836.

Nous extrayons du sermon de Jean Monod sur I Thimothée 1/50 (Le but de notre prédication, c’est la charité) le passage suivant qui est toujours d’actualité à une époque où l’on parle de précarité et de nouvelle pauvreté. "Venez donc, bienfaiteurs généreux qui faites la gloire et l’espérance de cette Eglise, venez, elle attend de vous avec confiance de nouveaux efforts et de plus grands sacrifices. Vous tous, mes chers frères, quelle que soit la mesure de vos facultés, que chacun se livre aux mouvement de son cœur; que chacun se taxe, que chacun apporte son offrande; que personne ne se repose sur les autres ou ne se croit dispensé de donner par la modicité du don qu’il peut présenter... Nous n’aurons pas la douleur d’être témoins journaliers de souffrances que nous ne pourrons pas soulager".

Philippe Vassaux

Pasteur Frédéric Monod
Pasteur Frédéric Monod

Frédéric Monod (1794-1863)
Un pasteur en constante recherche

Le fils aîné du pasteur Jean Monod, frère d’Adolphe, fait ses études à Genève.

Nommé pasteur à Paris en 1820, il rejoint le Réveil. Sans avoir le talent oratoire de son frère Adolphe, il déploie cependant une activité intense : fondation de la première école du dimanche à Paris, rédaction d’articles aux Archives du christianisme, participation aux diverses sociétés religieuses (Biblique, des Missions, Évangélique).

Il considère que l’Église réformée est trop peu active dans la diffusion de la foi et en matière d’évangélisation.

Il la quitte lors de l’assemblée de 1848, où il fait partie de la petite minorité qui réclame le vote d’une confession de foi, il entre alors en dissidence, fondant avec Agénor de Gasparin, l’« Union des Églises évangéliques libres de France »

Il est à l’origine de la construction de la chapelle du Nord inaugurée en 1849, où Tommy Fallot a exercé par la suite.

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pasteur Adolphe Monod
pasteur Adolphe Monod

Adolphe Monod (1802-1856)
Un grand orateur du Réveil

Le cinquième fils du pasteur Jean Monod, frère du pasteur Frédéric Monod, fit ses études à Genève. Lors d’un premier ministère à Naples pour la colonie de langue française, il se « convertit » aux idées du Réveil.

Nommé en 1828 pasteur à Lyon, il entre en conflit avec la majorité libérale des « anciens » du consistoire qu’il juge non-chrétiens, « incrédules et profanes ». Encouragé par des dames « régénérées » de Paris, il se laissa emporter par son éloquence de tribun, « faisant succéder rapidement à la plus sombre expression de désespoir et d’extase un sourire tendre et expressif ». Jugé fanatique, car il n’accepte de distribuer la Cène qu’à ceux des fidèles qu’il juge dignes, sa révocation est demandée pour « refus de service » (1832). Il devint alors le pasteur d’une église indépendante (cf. le temps des divisions).

En 1836, le ministre - protestant - de l’Instruction publique et des Cultes, Claramond Pelet de la Lozère, le nomme à la faculté de Montauban, où il enseigne la morale, la prédication, l’hébreu, puis l’exégèse.

Il finira sa carrière à Paris comme pasteur à l’Oratoire. Très recherché pour son talent de grand orateur (d’un style romantique), il allait partout où on lui demandait de prêcher. Ses tournées de conférences firent progresser "l’orthodoxie" (l’aile conservatrice de l’église). Il fut un des fondateurs de l’Alliance évangélique. Vers la fin de sa vie, il évolua vers une position plus modérée que celle de son frère Frédéric, affirmant, lors des assemblées protestantes de 1848, vouloir rester dans l’Église établie, et s’en tenant au principe de la confession de foi dite "de La Rochelle".

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Gabriel Monod
Gabriel Monod

Gabriel Monod (1844-1912)
Un grand historien

Recevant au sein de sa - déjà célèbre - famille une éducation protestante libérale, ancien élève de l’École Normale supérieure, il est le fondateur de la Revue historique (1876), et illustre le rôle des protestants dans l’enseignement républicain. Directeur d’Études à la IVe section de l’École Pratique des Hautes Études, Maître de Conférence à l’École Normale Supérieure, Professeur au Collège de France, il fut l’ardent défenseur de Dreyfus. Grand lecteur de Michelet, bon connaisseur de l’École historique allemande, il se rendit célèbre par ses débats avec Fustel de Coulanges, dont il contestait les ardeurs nationalistes. Il proposa de fonder la recherche en histoire sur une méthode analytique et critique, ce qui lui attira les foudres de Charles Maurras qui le considérait comme vendu à l’Allemagne ; Maurras citait toujours l’historien pour vilipender le protestantisme. Voici ce que dit Charles Maurras, en guise d’oraison funèbre de Gabriel Monod (Action française, 13 avril 1912) :

«Plus on l’étudiera, mieux on comprendra que, si Gabriel Monod fut d’instinct révolutionnaire, c’est que l’État-Monod avait toujours tiré un utile profit de nos révolutions. Son premier ancêtre connu, Jacques Monod, avait renoncé à la qualité de français sous Henri IV. Et Jean Monod venu à Paris en 1793, puis en 1808, invoqua en 1817 la qualité de descendant (par les femmes) de huguenots exilés sous Louis XIV... Ainsi eut-il le titre et les avantages de «français naturel». La Révolution de 1830 aida les douze fils de Jean Monod à exprimer tous les bénéfices de cette position historique, sociale et morale. Le 4 septembre, puis la Révolution dreyfusarde ont encore multiplié la force de sa position...Tel est en soi le patriotisme métèque... Si les choses n’ont pas changé depuis dix ans, l’État-Monod est loin de se fondre dans la France contemporaine. Raison de plus pour le concevoir à sa place réelle et dans son être vrai. Il est de notre devoir de nous défendre contre les empiétements de cette influence métèque.»

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pasteur Wilfred Monod
pasteur Wilfred Monod

Wilfred Monod (1867-1943)
Une figure phare

C’est l’une des grandes figures pastorales réformées de la famille Monod (qui en compte beaucoup).

Né à la fin du Second Empire, il exerce un Ministère pastoral, d’abord à Rouen, puis à Paris (à l’Oratoire) de type revivaliste. Mais il a surtout pris conscience des problèmes sociaux qui sont liés au développement industriel et il a été immédiatement frappé par l’influence du socialisme en milieu ouvrier, influence dont il redoute le caractère irréligieux.

Selon sa formule, l’Église tend à prêcher un Messie sans messianisme, tandis que le socialisme prêche un messianisme sans Messie. Son exigence est de trouver cette voie étroite qui ne sépare plus le Messie du Messianisme, c’est-à-dire celle qui permet de renforcer l’action sociale de l’Église, d’en faire sa vocation crédible pour le temps présent. Il s’engage alors dans deux voies complémentaires que sont le mouvement du Christianisme social d’une part, le mouvement œcuménique de rassemblement des Églises d’autre part.

Le Christianisme social, doté d’une revue brillante, maintenant remplacée par Autres Temps, vise à proposer un programme social que les Églises protestantes devraient s’efforcer de réaliser. Pour ce faire, elles doivent au moins paraître agir ensemble dans le monde de plus en plus laïc. La réalisation la plus visible en a été la création de la Fédération Protestante de France en 1905. Mais la Fédération ne regroupe à ses débuts que peu d’Églises. C’est pourquoi Wilfred Monod s’est engagé activement dans le mouvement de rassemblement des Églises protestantes qu’avait créé en 1908 l’évêque Suédois luthérien Nathan Söderblom sous le nom de Christianisme pratique, lequel tentait d’oublier les querelles théologiques pour se concentrer sur la question sociale. Dans ce contexte, Wilfred Monod s’est aussi efforcé de construire concrètement, localement, le souci œcuménique. C’est la mise en œuvre de la Communauté des Veilleurs en 1923 dont la liturgie a pour fondement les Béatitudes et s’inspire des liturgies de différentes confessions. Parce qu’il ne faisait pas de la rigueur de la problématique théologique sa préoccupation première, Wilfred fut écarté de la Faculté de Théologie de Paris en 1929, ce qu’il ressentit très douloureusement.

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Théodore Monod
Théodore Monod

Théodore Monod (1902-2000)

Scientifique renommé embrassant plusieurs spécialités, Théodore Monod est connu du grand public par ses multiples expéditions à travers le désert saharien. Homme de foi, attaché à l’Eglise réformée, il noue des dialogues interreligieux et milite pour le respect de la vie.

Le scientifique

Né à Rouen le 9 avril 1902, Théodore Monod est le fils de Wilfred et de Dorina Monod. En 1909, la famille arrive à Paris, où Wilfred Monod a été nommé pasteur au temple de l’Oratoire. Théodore fréquente l’Ecole Alsacienne, puis se dirige vers les sciences : titulaire d’une licence et d’une maîtrise, il entre comme assistant au Muséum d’Histoire naturelle à Paris, en ichtyologie (étude des poissons), en 1921. Dès lors, des missions mèneront Théodore Monod dans le désert, le plus souvent en Mauritanie. Sa carrière, riche de recherches et de découvertes, sera reconnue par le monde scientifique à sa juste et haute valeur.

L’homme de Dieu

La science n’empêche en rien Théodore Monod de poursuivre sa quête spirituelle. Attaché à la théologie de son père, Wilfred Monod, le jeune homme participe à la fondation d’un Tiers-ordre protestant qui accepte une discipline de prières : les Veilleurs ; pour ce groupe, il rédige en 1925 Le livre de prière. Ses méharées, de 1921 à 1997, le font approfondir le sens de la réflexion, dans le silence et la contemplation, dans la lecture de la Bible, dans la recherche d’un ressourcement sans cesse renouvelé.

Théodore Monod épouse Olga Pickova en 1930 et le couple aura trois enfants.

Les voyages de Théodore comme le travail sédentaire à Dakar (où il est directeur de l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN) de 1938 à 1965), ou à Paris, (où il est élu membre de l’Académie des Sciences en 1963), lui offrent l’occasion de rencontres ou d’échanges épistolaires avec d’autres chercheurs de Dieu, tant musulmans que chrétien,, notamment, Amadou Hampaté Bâ, Louis Massignon ou le Père Teilhard de Chardin.

Le militant pacifique

C’est de son retour à Paris que datent « les combats civils » que mène le professeur (lutte contre la violence, contre l’arme atomique, jeûnes d’interpellation, fidélité aux Veilleurs, etc.).

Théodore Monod n’aura cessé de prôner la responsabilité de l’homme, cherchant à vivre en conformité avec sa foi, dans le respect et l’amour de toute forme de vie.

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Pasteur André-Numa Bertrand Pasteur André-Numa Bertrand Pasteur André-Numa Bertrand

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Pasteur André-Numa Bertrand (1876-1946)

Pasteur André-Numa Bertrand
Pasteur André-Numa Bertrand

De vieille famille libérale et pastorale, André-Numa Bertrand, après avoir fait ses études à Genève et à Paris, a envisagé de partir en mission à Madagascar, mais on lui en refuse l’autorisation en raison de ses conceptions dogmatiques libérales.

Protestant libéral, il l’est certainement, d’une façon intelligente et pleine de spiritualité. Il prend ses distances avec certaines tendances qui limitent parfois la foi chrétienne à une bonne conduite morale, dédaignant la question théologique et la pratique religieuse.

Après la guerre de 1914, Bertrand devient président de l’Union des Eglises réformées. Il va jouer un très grand rôle dans la naissance de l’Église réformée de France grâce à un esprit de paix et de compromis. Depuis le milieu du XIX, deux courants s’opposaient radicalement dans le protestantisme réformé. Un courant issu du réveil et dit « orthodoxe Â» (au sens de personnes très attachées à la lettre de la doctrine) tenait fermement à ce qu’un socle de croyances théologiques soit défini et imposé comme unissant l’Église. Le courant libéral trouvait cette contrainte contraire à l’essentiel qui est l’Évangile et la liberté de chacun de penser et de croire.

André-Numa Bertrand propose de définir effectivement une confession de foi, mais de la faire précéder par un préambule permettant aux libéraux de bonne volonté d’adhérer à ce texte « Vous lui donnerez votre adhésion joyeusement, comme une libre et personnelle affirmation de votre foi. Sans vous attacher à la lettre de ses formules, vous proclamerez le message de salut qu’elles expriment Â». S’attacher à l’esprit plus qu’à la lettre étant une idée forte de l’Évangile la grande majorité des « orthodoxes Â» accepta ce compromis, suffisamment rassurés sur le libéralisme modéré de ceux qui accepteraient de signer ce texte.

À la déclaration de la guerre, en septembre 1939, le pasteur A.N. Bertrand n’est donc pas un inconnu. Il a atteint, en 1938, cet exploit de restaurer l’unité de l’Église Réformée de France, dont il est devenu vice-président du Conseil National. Il est, par ailleurs vice-président de la Fédération Protestante de France et président du Consistoire de Paris. Il vient aussi d’être élu président des Éclaireurs Unionistes de France. Mais surtout, depuis 1926, il est pasteur de l’église de l’Oratoire du Louvre.

Il a un tempérament de chef. Ses remarquables dons intellectuels et ses qualités de cœur lui confèrent une autorité spirituelle et morale que tous admirent et acceptent. Son premier souci sera toujours ce qu’il considère comme la priorité des priorités du ministère pastoral : le souci des âmes. On ne saura jamais le nombre de ceux qui trouvèrent auprès de lui un guide spirituel, une écoute fraternelle.

La « drôle de guerre » (39-40) ne va pas changer grand-chose à la vie quotidienne. Une fausse sécurité s’installe. La France n’est pas prête à supporter le choc de mai 1940. Un mois suffit pour que tout s’écroule.

Le 21 mai 1940, le conseil de la Fédération souhaite que son président, le pasteur Marc Bœgner reste en contact avec le gouvernement, même si celui-ci doit s‘éloigner de Paris, et que le pasteur Bertrand reste à Paris pour assurer la présidence par intérim. Le 10 juin le gouvernement quitte Paris et M. Bœgner le suit à Bordeaux. A.N. Bertrand assure seul la responsabilité du protestantisme parisien. Il a ordonné à tous ses collègues qui le peuvent de partir. Lui-même a fait partir sa famille à Castres. Il se réjouit que Dartigue à Pentemont, Puech à Bois-Colombes, Picard à l’Étoile et Pfender à Saint-Maur soient restés et puissent le seconder. Panier va s’occuper des prisonniers. Ses collègues à l’Oratoire, Vidal et Vergara sont partis. Vidal reviendra le 16 août. Vergara sera là pour prêcher le 17 novembre.

Le 14 juin, les Allemands entrent dans Paris. Le 16 juin, A. N. Bertrand prêche à l’Oratoire sur « l’Épreuve » ; il termine ainsi : « C’est aujourd’hui l’heure de la croix, mais un jour viendra l’heure de la résurrection. » Tout au long de cette période douloureuse, sa prédication courageuse, lucide, explicite, réconforte ses auditeurs qui viendront - même de très loin - l’écouter avec reconnaissance et émotion. Ils trouveront toujours là « Lumière, nourriture et Vie ».

Enfant portant l’étoile jaune
Enfant portant l’étoile jaune

Arrive le 29 mai 1942 et l’ordonnance allemande contraignant tous les juifs âgés de six ans révolus et plus à porter, à partir du 7 juin, une étoile jaune. Affaire de zone occupée, en quelque sorte. Cette fois-ci, Bertrand décide de passer outre l’habituelle circonspection du président de la FPF : il réunit le Conseil, le 5 juin, et rédige une lettre à l’adresse du maréchal Pétain ; il la confie à Boegner qui, le 27 juin, la lit au chef de l’État avant de la lui remettre. C’est la protestation officielle d’une Église, la seule à ma connaissance contre le port de l’étoile jaune. Cette lettre n’est pas une protestation publique, du haut de la chaire. Une telle protestation a pourtant existé, les 7 puis 14 juin, toujours à l’initiative de Bertrand ; si nous connaissons bien la première, l’ampleur et même la réalité de la seconde n’ont été découvertes que récemment. Le dimanche 7 juin, premier jour où le port de l’étoile devient obligatoire, Bertrand prêche sur la première Epître de Pierre : « Si quelqu’un parle, que ce soit comme il convient à la Parole de Dieu Â». Pour le pasteur, la vie intérieure du chrétien doit le garder libre à l’égard des pressions du monde extérieur ; mais non pas indifférent : le politique ne peut être prétendu imperméable au spirituel. D’où, dans un troisième temps du sermon, la prise de position, au nom de l’amour pour les hommes, sur le port de l’étoile jaune :

« C’est dans cet esprit qu’il convient de parler des événements du jour, sur lesquels l’Église de Jésus-Christ ne saurait garder le silence. Depuis ce matin, nos compatriotes israélites sont assujettis à une législation qui froisse dans leur personne et dans celle de leurs enfants, les principes les plus élémentaires de la dignité humaine. Nous ne sommes pas ici pour protester ou pour récriminer, encore bien moins pour condamner et pour maudire ; nous sommes ici pour aimer, pour prier et pour bénir. Ce sont des droits que personne sans doute ne nous contestera, et dont personne, dans tous les cas, ne peut nous dépouiller sans notre propre consentement. Nous sommes ici pour demander à Dieu qu’il fortifie le cœur de ces hommes et de ces femmes, afin que ce dont on a voulu faire pour eux un signe d’humiliation, ils soient rendus capables d’en faire un signe d’honneur. - Là où des hommes souffrent, quels qu’ils soient, le cœur innombrable du Christ est ému de miséricorde et l’Église a le devoir de dire : Moi aussi je souffre avec eux. - Là où des chrétiens, des hommes et des femmes qui ont été baptisés au nom de Jésus-Christ, sont contraints de porter un signe qui n’est pas celui de leur Maître et de leur Sauveur, l’Église de Jésus-Christ a le devoir de dire : Ceux-là sont à moi, et je suis avec eux. - Et là où sont frappés des enfants de six ans, l’Église de Jésus-Christ a le devoir de dire : Ceux-là sont à Dieu, les innocents, et je les bénis.

Ces paroles sont pratiquement inopérantes ? Nous ne le savons que trop ; d’aucuns les trouveront même plus qu’inutiles, dangereuses. L’Église de Jésus-Christ ne saurait se laisser guider par ces considérations subalternes ; il y a des choses qui doivent être dites ; elle les dit. Il y va de quelque chose de plus que son honneur, il y va de l’honneur de Dieu. "Jamais les saints ne se sont tus", disait Pascal, et il prenait ce mot "saints" dans son sens biblique, qui désigne ceux qui sont consacrés à Dieu. Le Pasteur aussi, lorsqu’il est dans la chaire de Jésus-Christ et se souvient de sa consécration, ne saurait recevoir d’ordres de personne, si ce n’est de son Chef ; il n’accueille aucune inspiration, si ce n’est celle de sa foi. Sans cela - qu’il y prenne garde - sans cela il ne parlerait pas comme il convient à la Parole de Dieu. Â»

THEIR BROTHERS’ KEEPERS
Plaque attribuée à l’Oratoire en 1957 par la Andi-Defamation League of B’Nai B’rith

Quel a pu être l’effet d’une telle prédication sur l’auditoire ? On possède un élément de réponse directe : à la sortie du culte, la belle-mère du pasteur Jean Médard croise sous les arcades de la rue de Rivoli un « ménage à l’air modeste et distingué qui portait l’étoile jaune. Alors je me suis avancée, leur ai tendu la main en leur disant : "Je suis chrétienne, je sors de l’Oratoire, permettez-moi de vous témoigner ma sympathie. Nous sommes tous des enfants de Dieu". Le monsieur a porté ma main à ses lèvres, il était tout ému et moi j’avais les larmes aux yeux Â». Le même jour, des étudiants, dont plusieurs protestants, comme Marie Médard, fille du pasteur de Rouen, ou Henri Plard, ancien catéchumène du même pasteur, arborent dans Paris de fausses étoiles jaunes. On ne sait si l’un ou l’autre sortait de l’Oratoire. Plard, immédiatement arrêté, est interné à Drancy le lendemain, comme « Ami des Juifs Â», et travaille au bureau administratif du camp, avant d’être libéré le 31 août. Il a expliqué, à la fin de sa vie, les affinités spirituelles et sociologiques qui, selon lui, liaient les protestants français aux juifs.

De cette période, nous possédons le «Journal intime» d’ A.N. Bertrand, publié dans le bulletin de la Société d’histoire du protestantisme français de juillet-août-septembre 1981, tome 127. Ce texte offre un très grand intérêt. On y découvre quelqu’un de très humain, on pénètre dans son intimité. Il nous livre ses doutes, ses craintes, ses colères, ses dégoûts pour la veulerie ; il nous dit sa lassitude, ses hésitations devant certains choix qui furent peut-être des erreurs ; mais éclatent aussi sa rectitude, son sens aigu de l’honneur et de la fidélité. Il termine ainsi : « Ceux qui auront été dans la fournaise, qui auront vu la veulerie générale, et qui auront subi la pression des circonstances, et de l’atmosphère comprendront qu’il fallait se raidir si on ne voulait pas être courbé ; et il ne faut jamais se courber que devant Dieu. C’est le mot d’ordre que j’ai voulu garder. »

Il organise la desserte des paroisses avec des effectifs très réduits. Les pasteurs ne reviendront pas tous à Paris. Les finances sont inexistantes. Pendant plusieurs mois A. N. Bertrand préside trois cultes par dimanche - Ste Marie, Oratoire et Belleville. Il parcourt Paris et la banlieue à bicyclette ou en métro, il monte les étages sans ascenseurs ; la tension nerveuse et la fatigue physique l’épuisent.

On ne peut tout rapporter de son inlassable activité au service du protestantisme français en zone occupée, de juin 40 à mars 43. Il a toujours agi en accord avec le Conseil de la Fédération Protestante de France et celui de l’Église Réformée, mais sans pouvoir consulter le pasteur Bœgner qui se trouvait en zone libre, sûr cependant de son accord tant l’amitié qui les liait était profonde. On trouve le détail de cette activité dans le rapport lu à l’assemblée générale du Protestantisme français, à Nîmes en octobre 1945, et à laquelle sa santé ne lui avait pas permis d’assister. On ne citera ici que quelques éléments marquants.

 Le 20 août 1940, les mouvements de jeunesse sont interdits. Président des Éclaireurs Unionistes, il refuse que ceux-ci entrent dans la clandestinité : trop de risques pour les chefs et cheftaines. Il crée alors une jeunesse confessionnelle rattachée à chaque église.

  •  Il proteste contre la fermeture des salles d’évangélisation de l’Armée du Salut.
  •  Puis contre la fermeture des oeuvres sociales de l’Armée du Salut. Finalement, Laval dissoudra l’Armée du Salut.
  •  Il proteste contre le serment de fidélité au chef de l’État pour les fonctionnaires.
  •  Il proteste contre les réquisitions et le S.T.0, et rédige le 14 avril 1943 un message de la F.P.F qu’il fait lire en chaire le 2 mai.
  •  Il entreprend de nombreuses démarches en faveur des juifs persécutés, pour protester contre le port de l’étoile jaune.
  •  Il intervient énergiquement au moment de l’arrestation de milliers de juifs au Vel d’hiv. par la police française
  •  Il exprime sa solidarité au grand Rabbin de Paris.

 Mais surtout, il écrit en 1942 trois lettres, plus douloureuses que révoltées, le 16 février au Commissaire Général aux affaires juives, le 27 juin au Maréchal Pétain (celui-ci se déclare ému, mais ne pouvait rien faire), demandant à M. Bœgner de la remettre en mains propres, et le 3 août à M. de Brinon, chef de la Délégation du Gouvernement Français à Paris, qui ne répond pas.

Il termine son rapport en regrettant l’attitude de la hiérarchie catholique qui refusa d’entreprendre une démarche commune auprès des autorités d’occupation : « J’ai toujours reçu auprès de ces prélats une parfaite courtoisie et bienveillance, mais aussi un refus très net de s’opposer en quoi que ce soit aux interventions des maîtres de l’heure. »

A partir d’octobre 1942 une autre forme d’intervention prends corps. Celle-là exige silence et clandestinité, c’est l’aide physique aux juifs, adultes et enfants, qu’il s’agit de cacher, et tout d’abord de faire échapper des souricières urbaines, dont celle de Paris. Dans une Lettre pastorale qui remplace la Feuille rose, le 30 septembre 1942,  les trois pasteurs de l’Oratoire, sans dire un mot des juifs, appellent chaque chrétien à porter dans son cœur la souffrance du monde et à ne pas la laisser effacer en lui-même par la réalité ou l’appréhension de ses propres souffrances : « Il ne faut pas dire : "À chacun suffit sa peine ! J’ai bien assez à faire à porter la mienne ; pourquoi vouloir m’écraser sous celle du monde ?  Je ne suis pas de force ; j’aime mieux l’oublier Â».

Et ce sera des appels, du haut de la chaire de l’Oratoire, au moment des annonces diverses concernant les activités de la paroisses, que souvent était lancé l’appel en direction de familles qui pourraient emmener quelques enfants pauvres ayant besoin de prendre l’air. Les familles comprenaient qu’un ou plusieurs enfants juifs avaient besoin de trouver refuge pour quelques jours ou quelques semaines dans une famille parmi d’autres enfants le temps que l’on trouve le moyen de les évacuer. Cet appel était lancé alors que dans les rangs des fidèles se trouvaient des allemands parmi les plus hauts placés, venant de l’hôtel Meurice, un peu plus bas dans la rue de Rivoli qui avait été réquisitionné par les autorités allemandes pour la Kommandantur du Grand Paris !

Après guerre, il continua avec joie et sérénité son ministère jusqu’au bout. Nous avons les notes inachevées de sa dernière prédication (29 septembre 1946) : « Éternel je n’ai ni un cœur qui s’enfle, ni des regards hautains, je ne m’occupe pas de choses trop grandes et trop relevées pour moi, loin de là. J’ai l’âme calme et tranquille comme un enfant sevré qui est auprès de sa mère. » (Ps 131,1-2)

Son dernier message parut dans le bulletin de l’église de l’Oratoire d’octobre 1946 : « La paix de Dieu qui dépasse toute compréhension gardera vos cœurs et vos esprits. » (Ph 4,7)

Il mourut le mercredi 9 octobre 1946. Dans son testament il avait laissé un court message destiné à la paroisse : « Je voudrais que l’on dise seulement aux fidèles de l’Oratoire que je sais combien j’ai été inférieur à ma tâche. Mais que je les ai aimés autant qu’il était en moi et que je remercie ceux qui m’ont aimé. »

Pour en savoir plus :

Vidéo d’une conférence de Patrick Cabanel, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Toulouse-Le Mirail, membre de l’institut universitaire de France. Il nous dévoile comment la communauté protestante de Paris a aidé les juifs sous l’occupation allemande :

 

 

Marcelle Guillemot Marcelle Guillemot Marcelle Guillemot Marcelle Guillemot

5) Transformations de l'Oratoire du Louvre après 1789

Marcelle Guillemot (1907-1960),
le pasteur Paul Vergara et Marcelle Vergara

La « Clairière », oeuvre sociale de l’Oratoire fondée en 1910 par Wilfred Monod, dont le pasteur Vergara était le directeur et Mlle Guillemot l’assistante sociale, aida au sauvetage d’enfants juifs en février 1943 et servit de « boîte aux lettres » à la Résistance. Paul Vergara et Marcelle Guillemot durent fuir la Gestapo en juillet 1943.

Si la direction de La Clairière entrait dans les attributions statutaires du pasteur Vergara, la direction effective, sur place, était assurée par l’assistante sociale Marcelle Guillemot (1907-1960), une femme seule et forte dont le portrait, tel qu’il a été dressé au lendemain de sa disparition, n’est pas sans évoquer celui d’autres femmes protestantes pareillement engagées aux côtés des juifs, une Adélaïde Hautval, une Madeleine Barot, une Jeanne Merle d’Aubigné, une Alice Ferrières… 

À La Clairière comme partout en ces années, le sauvetage des juifs a été rendu possible par la conjonction de personnalités d’exception qui se sont révélées dans l’épreuve (sous la forme d’un héroïsme au quotidien, que la formule en vérité oxymorique de « banalité du bien Â» évoque assez justement), et de divers réseaux à l’une des intersections desquels s’est trouvée La Clairière - personnalités et réseaux étant juifs aussi bien que protestants, catholiques et laïques. Qui voudrait reconstituer l’exfiltration depuis Paris de dizaines et même de centaines d’enfants juifs, laissés seuls par la déportation de leurs parents, confiés provisoirement à des maisons administrées par l’Union générale des israélites de France (UGIF), devrait passer par ces associations clandestines, l’Entraide temporaire, créée et dirigée par Lucie Chevalley-Sabatier (la fille du grand théologien Auguste Sabatier), le comité de la rue Amelot, le Mouvement national contre le racisme, où s’est illustrée Suzanne Spaak, etc. Outre Vergara et Mlle Guillemot, l’Oratoire est fortement représenté dans cette conjonction d’efforts : ce sont une vingtaine ou une trentaine de paroissiennes, dont L. Chevalley-Sabatier et Odette Béchard (Juste, en compagnie de son époux Fernand), un diacre, Maurice-William Girardot (qui devait tomber dans une souricière de la Gestapo en octobre 1943, mais être libéré à la veille de Noël), et des Éclaireuses unionistes.

L’opération dont La Clairière a été le centre a permis de sauver 63 enfants dans la semaine du 16 février 1943. L’épisode a été souvent rapporté, avec un certain nombre de variations sur la chronologie et le détail des événements, variations à propos desquelles  il m’est impossible de trancher. Persuadée que des enfants accueillis dans deux foyers de la rue Lamarck et de la rue Guy-Patin, dans les 18e et 10e arrondissements, sont menacés de déportation, Suzanne Spaak alerte les responsables de La Clairière, et un scénario de sauvetage est mis au point.

Les enfants étant autorisés à une sortie hebdomadaire, le jeudi, dès lors que les accompagnent des adultes ayant dûment rempli un formulaire spécial, il s’agit de trouver des volontaires pour venir prendre ces enfants et les ramener, à la fin de l’après-midi, non pas dans les foyers de l’UGIF mais, le temps d’une nuit, à La Clairière, d’où ils seront dispersés le lendemain.

Le dimanche 12 février, Vergara lance un appel en chaire pour recruter des volontaires ; à la sortie du culte, Mlle Guillemot remet à chacune des quelque 25 ou 30 femmes ou familles qui se présentent une note d’information et/ou une fiche à remplir ; une quinzaine d’autres femmes, des militantes juives semble-t-il, se joignent à elles les jours suivants.

Le jeudi 16 février selon certains témoignages, à partir du 13 selon d’autres, 63 enfants et adolescents, âgés de 3 à 18 ans, sortent des deux foyers pour une promenade tout à fait officielle ; mais leurs accompagnateurs, qui avaient eu pour consigne de ne pas laisser relever leur propre identité par écrit, les laissent, comme prévu, à La Clairière, où tout est en place pour les nourrir et leur faire passer la nuit. Le lendemain, munis de faux papiers, les enfants et adolescents quittent La Clairière en compagnie d’Éclaireuses aînées qui les convoient en banlieue (notamment dans une pension de Clamart) et en province (notamment en Normandie). L’argent nécessaire au paiement des pensions dans les familles d’accueil allait être récolté au moins en partie au sein de la paroisse de l’Oratoire. D’autres enfants ont bénéficié par la suite du même processus de mise en sûreté ; des listes, indiquant leurs lieux de placement, ont été constituées, dont l’une avait été confiée à une épicière de la rue Greneta, mais elles ont disparu aujourd’hui ; le jeune polytechnicien Maurice Nosley (paroissien, lui, de Paris-Luxembourg) a témoigné pour sa part avoir conduit des enfants dans quatre familles d’accueil situées en Saône-et-Loire : il oeuvrait en liaison avec l’Entraide temporaire. À la fin, Mlle Guillemot a dû cacher plusieurs jeunes employées de l’UGIF dans des familles de l’Oratoire. 

Rendant compte de ce sauvetage dans sa plaquette en hommage à Marcelle Guillemot, Paul Vergara a eu cette analyse, en 1961, qui sonne encore comme ses sermons des années 1940, surtout au moment de fustiger « des éditions atténuées de l’Évangile Â» (je souligne) : « L’Occupation et les monstrueuses doctrines hitlériennes plaçaient sous nos yeux, à la portée de nos mains, des persécutés innocents et sans défense, des persécutés qui étaient les frères de race de Celui que nous appelions notre Maître. Leur ouvrir des bras fraternels, les secourir, les sauver, était notre devoir présent ; un devoir dangereux, nous le savions, mais ce devoir n’était pas à éluder parce qu’il était dangereux. Il est des moments où des éditions atténuées de l’Évangile ne sauraient répondre aux besoins immédiats de ceux qui sont tombés entre les mains des brigands. Jouer de la flûte, quand le clairon convie au combat, n’est rien d’autre qu’une désertion. Nous avons répondu à l’appel du clairon et nous sommes entrés dans la lutte avec un groupe de femmes héroïques à la tête desquelles se trouvait Mme S. Spaak Â».

Quelques mois plus tard, Marcelle Guillemot et Paul Vergara acceptaient de faire de La Clairière le point d’attache du secrétariat de la Zone nord de la Délégation Générale, alors dirigé par Daniel Cordier (tandis que Jean Moulin dirigeait le secrétariat de la Zone sud). La sœur de l’un des adjoints de Cordier, Hugues Limonti, était l’amie de Mlle Guillemot, ce qui explique le choix du patronage pour en faire une boite aux lettres de premier ordre, recevant postes émetteurs et récepteurs, journaux clandestins, courriers, armes, réunions de dirigeants du Conseil national de la Résistance (CNR).

Le gendre de Vergara ayant été arrêté le 23 juillet 1943 après avoir réceptionné un parachutage, la Gestapo tente le lendemain de prendre au piège Limonti, Mlle Guillemot, Vergara, mais tous trois parviennent à lui échapper, l’assistante sociale après s’être enfermée dans La Clairière pour détruire les pièces compromettantes et avoir eu l’idée, au dernier moment, de s’enfuir par une verrière.

La clandestinité pour les uns, la prison ou la déportation, parfois la mort, pour d’autres : ainsi s’écrit la fin de l’Occupation pour les principaux acteurs de La Clairière, tandis que les pasteurs Bertrand et Vidal continuent à assurer les prédications à l’Oratoire.

La reconnaissance à l’égard des acteurs de l’Oratoire vient de l’extérieur : Marcelle Guillemot et le pasteur Vergara sont récompensés par la médaille de la Résistance. En 1947, une exposition organisée par l’Union des Juifs pour la résistance et l’entraide rend hommage dans un panneau à « Quelques nobles figures du peuple français qui ont bravé tous les dangers pour sauver des enfants juifs de la déportation Â» : on trouve parmi les huit portraits alignés ceux de Marcelle Guillemot, de Suzanne Spaak, du pasteur Vergara (ou encore du médecin et maire de Beaune-la-Rolande, Paul Cabanis, un protestant cévenol né à Sumène). La même année, très probablement, Mme Gaudelette, une enquêtrice du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale recueille les dépositions de Vergara et de Mlle Guillemot.

Diplôme de "juste parmi les nations" attibué à Marcelle Guillemot
Diplôme de "juste parmi les nations" attribué à Marcelle Guillemot

Bien plus tard sont venus les titres de Justes : en 1985 pour S. Spaak, 1988 pour les couples Vergara et Béchard, 1989 pour Mlle Guillemot, 1993 pour L. Chevalley-Sabatier .

Un après-guerre ne s’épuise pas en reconnaissance : il est des engagements qui se poursuivent ou s’infléchissent. Le pasteur Vergara et Mlle Guillemot sont invités, par un vote du congrès, à siéger au Comité central de la Ligue Internationale contre l’antisémitisme (LICA). Vergara fait également partie du Comité central de l’Alliance antiraciste, une éphémère union entre la LICA et le MRAP. Il participe aux congrès de la LICA, dont il est l’un des vice-présidents en 1962 ; Emmanuel Debono, l’historien de la LICA, a pu repérer sa présence au cours de plusieurs réunions et meetings dans les dix dernières années de sa vie.

Mlle Guillemot siège, pour sa part, dans le Comité de Direction et d’Action d’une jeune Ligue pour la Palestine libre, laquelle, contrairement à ce que ce nom évoque aujourd’hui pour la plupart d’entre nous, renvoie aux efforts des sionistes pour créer un État pour les juifs. L’historien se doit, à ce propos, de citer la manière dont, en 1961, Vergara rendait compte de cette histoire récente : « En 1947 éclata en Palestine une guerre de libération. Les juifs établis sur cette terre et les rescapés des camps de la mort qui s’y étaient rendus désiraient constituer une nation indépendante. Ils le proclamèrent solennellement et furent immédiatement assaillis de toutes parts. Ce fut une guerre féroce où les Juifs de Palestine eurent à combattre à dix contre un et où ils l’emportèrent cependant sur leurs lâches adversaires»

En contact étroit avec l’un des chefs du soulèvement en Palestine, continue le pasteur, Mlle Guillemot a pris en charge la collecte des médicaments dont avait besoin le jeune État d’Israël. Ici encore, je m’en tiens à citer ces lignes qui étonneront peut-être plus d’un lecteur, et qui cependant doivent nous rappeler avec quelle sympathie tant de Français ont observé les débuts d’Israël : « Elle frappa à toutes les portes, elle demanda audience au Cardinal Suhard qui la reçut et lui promit l’aide du Secours catholique. Elle se rendit à Genève, au siège de la Croix Rouge internationale, elle fit paraître des appels dans les journaux (où figurait Réforme). Elle écrivit à plus de 50 laboratoires. Au comité central de la L.I.C.A., elle suggéra l’organisation d’un grand meeting pour les blessés d’Israël. Ce meeting eut lieu au Cirque d’Hiver et, entre autres concours, on enregistra près de mille noms de volontaires donneurs de sang. À l’Assemblée générale de la Ligue pour la Palestine libre, ce fut elle qui fut chargée de la lecture du rapport sur la campagne des médicaments. Pendant que cette campagne se poursuivait, elle écrivain au Colonel J. à Jérusalem : "Je vous dis tout cela, afin que vous vous sentiez soutenu et encouragé par la pensée qu’on vous aide à soulager les immenses souffrances qui vous entourent". Elle reçut du quartier général en Israël une lettre dont voici quelques lignes : "Nos soldats blessés à qui vous avez donné des médicaments, les Hébreux libérés et tous ceux qui retrouvent une patrie, vous expriment leur gratitude. Votre réponse à notre appel restera inoubliable Â».

Patrick Cabanel

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