( Ésaïe 2:2-22 ; Jean 3:1-17 ) Culte du 24 février 2008
à l'Oratoire du Louvre Il arrivera, dans la suite des temps, Si on regarde de près cette histoire de montagnes, on se demande bien comment une montagne pourrait être posée sur le sommet des autres. Mais on comprend vite, avec la suite de la prédication d'Ésaïe, qu'il se sert de cette curieuse image pour réfléchir sur l'existence humaine. Ésaïe nous appelle à rentrer en nous-même afin de prendre conscience de quoi sont faites en réalité notre nature, notre espérance et notre vie. Pour nous faire réfléchir sur cela, Ésaïe compare l'être humain à un paysage entier de montagnes et de collines. Ce n'est pas seulement l'humanité qui est comme un paysage, mais c'est chaque être humain individuel qui est un être complexe, riche de multiples dimensions qui sont vraiment élevés. C'est très bien, mais Ésaïe nous dit que ce pays que nous sommes trouve sa véritable dimension quand la montagne de l'Éternel est fondée sur le sommet de nos autres montagnes. Cette image est un peu surréaliste, mais bien intéressante sur la place de la foi dans notre existence. La montagne de lÉternel ne supprime pas les autres sommets de notre existence. La foi ne nous appelle pas à nous détourner de ce monde pour être seulement en prière ; elle ne nous appelle pas à mépriser les autres dimensions et de notre être. Au contraire, la Bible nous appelle à aimer ce monde où nous sommes, ce monde dont nous faisons partie et que Dieu aime, il nous appelle à y agir et il nous appelle à nous épanouir dans les différentes dimensions de notre être. Cette " montagne de lÉternel " na pas non plus pour vocation dêtre la plus haute de toutes les montagnes, comme si notre relation à Dieu nétait quune activité supplémentaire dans notre vie, en parallèle des autres. Mais l'Éternel fonde sa montagne sur le sommet de toutes les autres, sans les écraser mais en les rendant toutes plus vivantes, plus élevées, et unifiées dans cette aspiration commune. C'est un peu comme l'affection que l'on peut avoir dans une famille, ça rend tout plus beau, les petites choses quotidiennes et les grandes joies, cela féconde les vieux souvenirs et les projets, et cela nous soutien dans les catastrophes. La dynamique d'évolution qu'est Dieu a ainsi pour vocation de prendre place en nous au-dessus de toutes les autres dimensions de notre existence. Nous pouvons et même nous devons rechercher à développer en nous comme autour de nous la santé, l'intelligence, la culture, les dons artistiques, les relations entre nous, nos moyens d'actions... cet ensemble de montagnes variées constitue un premier étage qui participe à l'élévation de l'homme. Il y a un second étage possible, constitué par une montagne qui unifie toutes les autres, c'est la présence de l'Éternel. Nous pourrions espérer que la sagesse, par exemple puisse jouer ce rôle d'unification, mais la sagesse n'est au mieux qu'une montagne plus haute que d'autres, elle reste sur le même plan, à côté des autres alors que Dieu est d'un autre ordre, seul incréé et source de tout ce qui est. Cette conception de l'homme que nous propose Ésaïe est également celle de Jésus dans sa conversation avec Nicodème quand il parle d'une nouvelle naissance en plus de celle que nous avons vécue en sortant du ventre de notre mère. Jésus ne méprise pas la dimension charnelle de notre existence, comme il le dit dans cette phrase qui est à juste titre une des plus connues de l'Évangile Dieu a tant aimé le monde... (Jean 3:16), Dieu aime ce monde dans lequel nous vivons, Dieu aime la nature qui est la nôtre, cette dimension charnelle, intellectuelle, sensible, relationnelle, sociale qui tisse le premier niveau de notre existence, c'est parce qu'il nous aime ainsi faits qu'il nous choisit comme fondation de cette nouvelle étape de sa création qu'est le Christ. Et ce qu'il réalise là, en Christ, est l'accomplissement de ce qui était annoncé par Ésaïe avec son histoire de montagnes empilées, et ce qu'annonçait avant lui le livre de la Genèse quand il dit que Dieu forme d'abord lhumain de la poussière de la terre, puis qu'il souffle dans ses narines un souffle de vie. (Genèse 1:7). Comment aimerons-nous donc, à notre tour, l'humain, la personne humaine que nous sommes, mais aussi la personne humaine qu'est notre prochain et l'humanité en tant qu'ensemble ? Nous l'aimerons à l'image de cet amour qu'a Dieu, en considérant l'humain comme une réalité complexe composée idéalement de multiples dimensions réconciliées et vivifiées par la présence de Dieu. Comme chrétien, nous n'avons donc pas, par exemple, à choisir entre l'annonce de l'Évangile et l'action humanitaire. Les deux sont à faire puisque l'humain est formé de multiples dimensions sur deux niveaux. Aimer son prochain c'est se préoccuper de son bien être dans les deux niveaux, le servir c'est l'aider à se développer spirituellement et charnellement. C'est ainsi que Jésus agissait. Sa mission fondamentale est de porter l'Évangile à toute personne qu'il rencontre, mais le cas échéant, il l'aide aussi en soignant son corps. C'est vrai que Jésus ne le fait qu'en passant et souvent comme gêné de le faire, mais il le fait quand même quand il le faut. Le spirituel reste sa priorité, afin que l'humain puisse s'ouvrir et recevoir l'Esprit de Dieu. C'est pour que l'homme naisse selon cette dimension que Dieu donne son fils, nous dit-il. C'est pour que la montagne de la présence de Dieu puisse être fondée au-dessus de nos montagnes terrestres qu'Ésaïe parle. Et donc jamais notre service de l'autre en tant que chrétien ne cessera de se soucier de notre prochain sur le plan spirituel. Au contraire. Plus l'homme est en souffrance dans sa chair, et moins cette immense dignité spirituelle de l'homme devra être oubliée. Plus il y a des difficultés, du désespoir, de l'injustice et de la guerre, nous dit Ésaïe, et plus il nous faut revenir à cette essentielle ouverture à la présence de Dieu pour qu'il gouverne notre nature terrestre, et insuffle en elle son Esprit de vie et de paix. Avec cette histoire de montagnes empilées Ésaïe nous aide à nous poser cette question : Est-ce que, oui ou non, la montagne de la présence de Dieu est bien présente au dessus de toutes nos montagnes ? Est-ce que notre foi en Dieu oriente nos actions, change nos agendas, transforme notre système de valeur ? La réponse est certainement entre oui et non à chaque fois. Ésaïe poursuit alors avec une notion plus dynamique de notre existence, la comparant à un cheminement. La question de lobjectif, de l'idéal humain ayant été évoquée avec cette histoire de montagnes, Ésaïe nous aide à nous poser cette question pour nous-mêmes et pour ceux que nous avons à aider : Sommes-nous en marche vers le haut, ou sommes-nous en train de creuser le sol pour nous enfoncer ? Il montre ensuite ce qui peut empêcher Dieu de fonder sa montagne en nous. Ésaïe reproche à la Maison de Jacob dêtre pleine de trésors sans fin, remplie de chevaux, de chars sans nombre . Le problème nest pas davoir des trésors et des chevaux, ce sont des moyens matériels qui peuvent être utiles pour faire de belles choses. Le premier problème, cest dabord d'être plein, plein comme un uf, car alors il ny a pas de croissance possible. Pour progresser, il faut enlever certaines choses pour faire de la place pour d'autres plus importantes. Le second problème, c'est d'être plein de la seule dimension terrestre de notre être. Il ne sagit pas de supprimer ces moyens matériels utiles, ni d'arrêter d'agir dans les domaines appartenant au monde terrestre. Il ne s'agit pas non plus d'ajouter seulement une dimension spirituelle en plus de ces dimensions terrestres. Mais ce qui est proposé cest de donner du sens à tous ces éléments grâce à une relation saine avec Dieu. Alors nos moyens matériels, nos trésors, nos chars et nos chevaux serviront à produire de bonnes choses, en particulier de saines relations avec Dieu et avec les autres.
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